« Les organisations dites d'extrême gauche et le combat pour l'ORJ », les rapports réalisés lors de ces journées sont disponibles sur demande.
« Le constat du plongeon du mode de production capitaliste dans la barbarie et le chaos est de plus en plus partagé. Dans la jeunesse, une question se pose nécessairement avec de plus en plus d'acuité : à quelles conditions un avenir est-il possible ? C'est en cherchant une réponse à cette question, et alors que le PS et le PCF sont en voie de liquidation, que des jeunes sont attentifs au discours de Mélenchon, voire de LFI. Cette année à Nanterre, alors que la mobilisation sur la Palestine était bouchée par les petits chefs gauchistes qui dirigent l'UNEF Nanterre, un meeting de Mélenchon regroupe plus de 1000 jeunes. Et ce alors même que LFI et Mélenchon ne se réclament pas de la révolution ni du socialisme, et se placent en soutien permanent de l'impérialisme français.
Historiquement, le Parti Socialiste est définitivement passé du côté de la défense de l'ordre bourgeois en 1914, en signant les crédits de la première guerre impérialiste, et en participant aux gouvernements impérialistes qui ont organisé cette boucherie. Il s'appelait alors Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO), et revendiquait le combat pour le socialisme. Le Parti Communiste Français (PCF), lui, a franchi le Rubicon en 1933 avec le reste des sections de l'Internationale Communiste sous la direction de la bureaucratie Stalinienne. J'y reviendrai dans la partie suivante.
Électoralement, la classe ouvrière et la jeunesse, faute de parti révolutionnaire, n'ont pas moins cherché à se saisir de ces partis pour infliger des défaites à la bourgeoisie – l'élection de Mitterrand contre Giscard, l'élection de Hollande contre Sarkozy en sont deux exemples. Et ce malgré les nombreuses trahisons dans l'aide inconditionnelle qu'ils ont apportés à la bourgeoisie pour maintenir son ordre. Mais la prise en charge du programme de la bourgeoisie, des contres réformes, ont fini par laminer ces partis, qui après avoir perdu leur base militante ont perdu leur base électorale.
Formellement, le PCF et le PS ont continué à se référer au combat pour le socialisme jusqu'à la restauration du capitalisme en URSS et en Chine. Ce n'est plus le cas, et c'est pour cela qu'une organisation comme LFI peut avoir une audience dans la jeunesse. LFI est né comme une organisation qui ne se réclame pas de la lutte des classes mais de la lutte du « peuple » contre les « élites », qui ne se réclame pas du socialisme mais du capitalisme à visage humain contre le monstrueux néolibéralisme.
Sur le terrain pratique, il est pourtant difficile de voir la différence entre ces soit disant « versions » du capitalisme. Pour prendre des exemples d'actualité : les députés LFI ont voté tous les crédits français de la guerre en Ukraine. Ils ont voté contre les hausses du budget militaire français... mais parce qu'elles n'étaient pas assez importantes ! Mélenchon a toujours pris position contre l'indépendance de la Kanaky, contre le retrait des troupes de l'armée française en Afrique, dans son ancien empire colonial. Sur le plan économique, au-delà de la militarisation de l'économie, l'orientation de LFI pour répondre aux problèmes du capitalisme français...c'est la commande publique financée au moyen de la dette que les travailleurs devront payer avec les emplois ainsi créés... bref ! Une fiction qui a pour seul objectif politique de s'opposer aux revendications d'expropriations des grands moyens de production et d'échange ainsi que l'effacement de la dette contractée par les capitalistes.
La FI de Mélenchon est née de la décomposition du PS et du PCF, elle est aujourd'hui un agent actif de cette décomposition au compte de la bourgeoisie. Elle ne s'est jamais revendiquée du socialisme parce qu'elle a vu le jour de l'autre côté du Rubicon, Rubicon que Mélenchon avait franchi avec ses camarades en rejoignant le PS dans les années 80. Son drapeau, c'est le drapeau bleu blanc rouge des versaillais qui ont écrasé la commune et que les peuples colonisés par la France ont appris à haïr.
C'est parce que LFI n'a pas encore participé à un gouvernement bourgeois – même si Mélenchon aurait rêvé d'être le premier ministre de Macron – que la confusion peut être entretenue dans la jeunesse. Mais aussi parce que Mélenchon connaît sa place politique et qu'il sait qu'il doit s'appuyer sur les franges de la jeunesse qui cherchent une issue politique, dans une situation où le vote PC ou PS ne donnent plus la possibilité de chasser Macron. Et vraisemblablement, nombre de jeunes – dont il ne faut pas surestimer l'importance - voteront aujourd'hui pour la liste de LFI. La présence de la juriste palestinienne Rima Hassan, et le fait que les députés de LFI aient été les seuls à appeler aux rassemblements en soutien à la Palestine joueront en faveur de ce vote. Mais il ne faut pas s'y tromper, l'orientation défendue par LFI est une orientation de soumission à l'impérialisme, au droit international, et donc à Israël que les USA protègent dans leur caverne de brigands qu'est l'ONU. Et ce même si elle a été portée avec un certain courage face aux chiens de garde enragés et injurieux des plateaux télé bourgeois pour qui l'existence même du peuple palestinien n'est pas tolérable. »
Il est également à propos de rappeler ce que nous écrivions dans l'éditorial de l'an dernier à propos de la crise de l'UNEF et du rôle de LFI :
« Matérialisation de la défaite contre la loi retraite, la direction de LFI, par l'intermédiaire des syndicats locaux étudiants qu'elle dirige, annonce une scission de l'UNEF, syndicat historique des étudiants, {...} Cette scission renforce le désarroi en nourrissant la division et réduisant encore plus la capacité des étudiants à bénéficier d'un cadre national pour leurs combats. Le document de congrès de fondation de l'UE démontre qu'il n'y a aucune différence entre la politique de la direction de l'UNEF et celle de l'Union Étudiante. Les deux siègent dans les conseils de gestion, qui sont les organes locaux d'application des lois du gouvernement, et octroient des financements aux organisations qui s'y rendent. Les deux revendiquent l'allocation d'autonomie au lieu de dénoncer la volonté du gouvernement de liquider les Crous et les deux affabulent, en pleine défaite, la force de la mobilisation étudiante ! »
Voilà pourquoi la formule « LFI est un agent actif de la décomposition du mouvement ouvrier » n'est pas une phrase à l'emporte-pièce mais une caractérisation précise de son action politique, ici dans la jeunesse étudiante.