Cette rentrée est marquée par la lourde défaite infligée au prolétariat et à la jeunesse par le gouvernement Macron-Borne. En plus du recul de 2 ans de l'âge de départ à la retraite, il faut souligner la suppression des régimes spéciaux pour les nouveaux embauchés à la Ratp et dans les industries électriques et gazières. Après les cheminots en 2020, ce sont ainsi deux nouveaux bastions du prolétariat dont une conquête historique est anéantie. Et derrière eux, c'est l'ensemble du prolétariat qui en sera affecté.
ORGANISATION DE LA TERREUR POLICIÈRE DANS LA JEUNESSE ET LES QUARTIERS POPULAIRES
Alors que le gouvernement avait fixé au 16 mars l'adoption de la réforme des retraites, les dirigeants syndicaux ont sciemment décidé de ne pas mobiliser ce jour-là à l'Assemblée nationale. Le dirigeant de la FSU écrivant cyniquement : « il faut éviter la grosse manif à Paris ».
Certes, à l'annonce du 49.3, plusieurs milliers de manifestants convergeaient vers l'Assemblée, mais l'Intersyndicale a gardé pleinement son cap, celui du refus de l'affrontement avec le gouvernement, livrant les manifestants à la répression.
Dès lors, celui-ci avait les mains libres pour conjuguer son 49.3 et ses violences policières. Le 25 mars, le ton était donné avec le terrible déchaînement de répression sanglante commandité par le gouvernement contre les manifestants de Ste-Soline. Déchaînement qui ne suscita pas de réaction au sein du Congrès de la CGT, deux jours après, et qui se conclut par l'acceptation de l'invitation de Borne à Matignon le 5 avril.
Ces mêmes dirigeants n'ont pas plus défendu la jeunesse et le prolétariat des quartiers dits populaires lors de leur tentative de mobilisation suite à l'assassinat de Nahel par la police. Ils ont laissé les flics réprimer la marche blanche organisée par la famille de Nahel à Nanterre et refusé de combattre contre l'interdiction du rassemblement organisé par le comité « Justice pour Adama ». Déploiement policier inédit, campagne raciste et répression judiciaire : le gouvernement a profité du développement des violences urbaines pour s'en prendre à la jeunesse et aux familles de ces quartiers. Les dirigeants syndicaux en portent toute la responsabilité : ils ont refusé d'organiser et protéger ces tentatives de mobilisation prolétarienne autour du mot d'ordre « Justice pour Nahel ». En cette rentrée, ce sont les populations de ces quartiers, souvent issues de l'immigration post-coloniale, qui sont ciblées par le gouvernement avec l'interdiction de l'abaya au prétexte fallacieux de la défense de la laïcité. Si les acquis relatifs à l'indépendance de l'école publique par rapport aux clergés sont importants pour le prolétariat lui-même, la bourgeoisie déchaine ici en réalité une campagne de stigmatisation raciste contre ces populations. Campagne couvrant des attaques contre l'ensemble du prolétariat en France.
REMISE EN CAUSE DU DROIT À LA QUALIFICATION : SÉLECTION ET APPRENTISSAGE
Les droits à la qualification, à l'accès à des diplômes nationaux liés à des conventions collectives, aux statuts de la fonction publique, sont en recul. La progression faramineuse de l'apprentissage organisée par le gouvernement ces dernières années, en premier lieu dans l'Université publique, en est l'expression. Mais on peut également citer la progression spectaculaire de l'enseignement supérieur privé (25% des effectifs aujourd'hui) qui prive de plus en plus les étudiants des cadres nationaux de qualification et d'organisation (campus, syndicats). L'asphyxie budgétaire des universités publiques, les lois de sélection (Parcoursup et Mon master) en sont les moyens et le gouvernement compte aller encore plus loin. S. Retailleau a annoncé travailler sur des « labels » pour favoriser encore le développement des formations privées. De son côté, Macron (Le Point du 24/08) a été on ne peut plus clair : « ce n'est pas vrai que tout le monde a vocation à aller à l'université » et annonce ainsi que le gouvernement va « travailler à l'évolution de l'offre de formations en fonction des besoins en emploi dont la nation [comprendre le capital] a besoin dans la même logique que les lycées professionnels ». Alors, « les étudiants qui en ont les moyens devront contribuer à financer les Universités » : donc par des frais d'inscriptions plus élevés ! Or, le droit d'accès à l'Université est déjà gravement atteint par la destruction du bac comme examen national et anonyme (Parcoursup, contrôle continu) ainsi que la sélection en master. De ce point de vue, le combat mené par les dirigeants syndicaux étudiants pour l'inscription d'étudiants fac par fac à chaque rentrée n'est en rien une perspective nationale de combat face à la sélection. Il conduit, au mieux, à quelques victoires locales mais entérine in fine l'application de la sélection dans les conseils locaux de gestion des universités.
REMISE EN QUESTION DU DROIT AUX ÉTUDES : INFLATION ET LIQUIDATION DES CROUS
La jeunesse étudiante subit largement les conséquences de l'inflation. L'alimentation et le logement sont ses principaux postes de dépenses, la situation est critique. Sur deux ans, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 20% ! En conséquence directe des mesures prises par les banques centrales pour tenter de juguler l'inflation (hausse des taux directeurs), les familles de travailleurs ne peuvent plus emprunter et donc acheter de biens immobiliers et sont contraintes de rester sur le marché locatif. Ce dernier est saturé, tout particulièrement dans les grandes villes où la spéculation immobilière participe à l'inflation : les appartements sont rares et les loyers insupportables, laissant de nombreux étudiants sans logement. Cette situation est le produit des attaques menées par les gouvernements contre les étudiants ces dernières années. Le gouvernement actuel veut en finir avec les CROUS, véritable conquête ouvrière, qui permet encore à des étudiants d'origine modeste d'obtenir une qualification dans l'ESR. En raison de l'insuffisance de financement des CROUS, le confinement a été l'occasion de renvoyer les étudiants à la mendicité dans les associations caritatives. Mendicité aujourd'hui érigée en système alors qu'une loi est passée cet été permettant à des entreprises privées de fournir des repas étudiants, renforçant ainsi la pression à la rentabilité sur les restos U gérés par les CROUS. Aujourd'hui, 1 étudiant sur 40 est logé en cité U (dossier de rentrée de l'Union Étudiante). Privatiser et liquider les CROUS est le crédo du gouvernement qui prépare avec la plus grande précaution depuis plusieurs années, un projet visant à fusionner les aides étudiantes, à commencer par les APL (CAF) et les bourses (CROUS). Sous la forme d'un revenu « d'autonomie » destiné aux jeunes en service civique, en apprentissage ou à l'Université. Les CROUS perdraient ainsi leur principale mission et les étudiants ce qui reste de leur droit aux études en échange d'une allocation dont le versement serait conditionné au bon vouloir des patrons, des présidents d'Univ, etc...
Le Monde du 29/08 relève un rapport d'un organisme ministériel mentionnant la nécessité « d'une véritable révolution du système » par la transformation des bourses en « allocation de vie étudiante et d'apprentissage » et parlant des étudiants comme de « clients » des CROUS.
Ce rapport vise à préparer le projet de loi en collaboration avec le gouvernement et les dirigeants des syndicats étudiants. Ceux-ci ont déjà participé à TOUTES les concertations sur le sujet, y compris au plus fort de la mobilisation contre la loi retraite (le 09/03) sans jamais avertir les étudiants de l'attaque en cours. Au contraire, ils ont avancé la question de la précarité étudiante, portant la revendication de « l'allocation d'autonomie étudiante » ou « salaire étudiant ». Cette revendication portée par la direction de l'UNEF – présente aux concertations - et reprise par toutes les forces politiques et syndicales (UE, SESL, NPA, RP) n'a qu'un but : détourner l'attention des étudiants du combat à mener en défense des CROUS. Si les revendications étudiantes sont prégnantes (logement, alimentation, santé) elles ne peuvent être défendues qu'en préservant les CROUS, le système des bourses, les restos U, les cités U, la médecine universitaire et leurs travailleurs.
LA SCISSION DE L'UNEF : UN COUP PORTÉ SUR LE DOS DES ÉTUDIANT.E.S
Matérialisation de la défaite contre la loi retraite, la direction de LFI, par l'intermédiaire des syndicats locaux étudiants qu'elle dirige, annonce une scission de l'UNEF, syndicat historique des étudiants, avec le départ d'une vingtaine d'AGE pour fusionner avec l'Alternative - liste de syndicat/corpo locales montée pour obtenir l'argent du dialogue social au CNESER. L'Union Étudiante est donc fondée sous l'égide de la collaboration de classe et de la défaite sur les retraites. La direction de l'UNEF, par ses méthodes mafieuses, est la première responsable de la scission pilotée par LFI. Cette scission renforce le désarroi en nourrissant la division et réduisant encore plus la capacité des étudiants à bénéficier d'un cadre national pour leurs combats. Le document de congrès de fondation de l'UE démontre qu'il n'y a aucune différence entre la politique de la direction de l'UNEF et celle de l'Union Étudiante. Les deux siègent dans les conseils de gestion, qui sont les organes locaux d'application des lois du gouvernement, et octroient des financements aux organisations qui s'y rendent. Les deux revendiquent l'allocation d'autonomie au lieu de dénoncer la volonté du gouvernement de liquider les Crous et les deux affabulent, en pleine défaite, la force de la mobilisation étudiante ! Cela, après avoir enfermé les étudiants dans les blocages d'université, sans perspective, qui ont largement participé à organiser l'impuissance des étudiants à combattre le gouvernement. Ainsi, cette scission rend les conditions d'intervention encore plus difficiles, mais pas impossibles. Les étudiants qui ont rejoint l'UE, en dehors des anciens bureaucrates de l'UNEF et de l'Alternative, l'ont souvent fait pour chercher les voies et les moyens du combat.
Ainsi il reste possible de trouver un écho sur la ligne :
- Unité UNEF – Union Étudiante, pour l'organisation d'une campagne nationale de défense des Crous et des revendications étudiantes à partir des cités U et des restos U !
- Aucune concertation avec le gouvernement sur son projet de loi de liquidation des Crous !
POUR L'INTERNATIONAL RÉVOLUTIONNAIRE DE JEUNESSE : SOUTIEN À LA JEUNESSE IRANIENNE
Si la défaite et le désarroi sont importants, nulle part la jeunesse ne renoncera à chercher les voies et les moyens de se forger un avenir malgré la crise du mode de production capitaliste. Il existe une unité de la lutte des classes à l'échelle internationale. Plus qu'un combat moral, il est nécessaire de s'adosser aux combats internationaux de la jeunesse du prolétariat. En prenant appui sur ces derniers il est possible de trouver un écho auprès de nos camarades, dans les promotions comme dans les syndicats. En premier lieu en combattant contre notre propre impérialisme qui, lui, lutte activement contre la jeunesse partout où elle remet en cause son ordre international.
La mobilisation en Iran l'an dernier est en la démonstration. Quand bien même, le régime bourgeois sanguinaire des mollahs semble avoir repris la main, c'est par la jeunesse que s'est développée une mobilisation d'ampleur pour la chute de ce régime. Tout comme il est une impérieuse nécessité de combattre pour le retrait des troupes françaises en Afrique, en particulier de son ancien pré-carré colonial. Alors même que les juntes militaires jouent leur propre partition contre les masses, nous sommes inconditionnellement du côté des masses burkinabaises, maliennes, gabonaises et immédiatement, nigériennes, contre lesquelles l'impérialisme français, mis à la porte, a menacé d'intervenir militairement.
INTERVENIR DANS LA LUTTE DES CLASSES, C'EST D'ABORD S'ORGANISER POUR S'ARMER POLITIQUEMENT
L'intervention du CJR, dans ces conditions, ce sont des réunions régulières autour de rapports politiques sur la situation internationale, nationale et sur la jeunesse en France. Si l'intervention sur le terrain de la défense des acquis est nécessaire, le CJR a une attention particulière à la défense du marxisme, sur les questions essentielles face auxquelles l'idéologie bourgeoise répand son obscurantisme : écologie, émancipation des femmes, histoire du mouvement étudiant, économie de guerre. Ces questions contiennent tous les éléments pour comprendre les rapports actuels entre les classes, pour faire face à la pression des appareils bourgeois du mouvement ouvrier y compris sur le plan idéologique. Mais avant toute chose, tirer le bilan de la défaite sur les retraites est une nécessité politique. C'est ce qu'esquisse l'article qui suit. Il revient sur la manière dont les dirigeants étudiants, syndicaux (UNEF, UE) et politiques (LFI, RP, NPA) ont enfermé et isolé les étudiants, fac par fac, dans des blocages stériles, qui ont été les compléments des grèves reconductibles et des journées d'actions toutes aussi stériles de l'intersyndicale, dont ils ont été les supplétifs obéissants. Il présente ainsi, à partir de notre action militante, ce qu'a été notre orientation : le combat pour imposer aux dirigeants syndicaux qu'ils centralisent le mouvement dans une immense manifestation nationale, au siège du pouvoir. Cette orientation a reçu un large écho à l'échelle de notre intervention.
Septembre 2023