Socialisme ou Barbarie Dernières publications
FEVRIER 2026

Après le budget mortifère de 2026...

Après le budget mortifère de 2026, le gouvernement veut en finir avec l’Université publique et prépare, avec les dirigeants des organisations enseignantes et étudiantes, la hausse des frais d’inscriptions. Combattre pour le socialisme, c’est combattre pour affronter le gouvernement bourgeois de Macron : aujourd’hui, le premier pas, c’est d’imposer à ces organisations le boycott des assises de l’ESR !

Après le budget mortifère de 2026, le gouvernement veut en finir avec l’Université publique et prépare, avec les dirigeants des organisations enseignantes et étudiantes, la hausse des frais d’inscriptions. Combattre pour le socialisme, c’est combattre pour affronter le gouvernement bourgeois de Macron : aujourd’hui, le premier pas, c’est d’imposer à ces organisations le boycott des assises de l’ESR !

Trump II : « la fin d'une fiction agréable » (M. Carney, premier ministre du Canada, à Davos)

Depuis le début de son second mandat, Trump semble s'échiner, une mesure de rétorsion après l'autre, à bouleverser l'ordre international impérialiste, pourtant bâti par les USA eux-même au sortir de la seconde guerre mondiale. La donne a changé ces dix dernières années avec l'émergence d'un concurrent direct à sa domination au sein des relations inter-impérialistes : la Chine.

Après 2008, les USA comme l'ensemble des impérialismes occidentaux ont compté, pour relancer l'économie mondiale, sur le rapide développement de la Chine. Ce dernier a été rendu possible par l'exploitation à bas coût de son immense prolétariat maintenu sous la tutelle de fer, le tout dopé par une politique d'investissement par l'endettement mené par le PCC. Ce qui a permis à la Chine de se poser comme le principal concurrent des USA à l'échelle internationale (passant de 4,8% du PIB mondial en 2005 à 16,9% en 2025).

La Chine candidate à la position d'impérialisme dominant

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est donc, ni la mort du « droit international », ni la fin d'une « mondialisation heureuse » effectuée sous la tutelle de l'OMC, mais le chancellement de l'hégémonie économique et politique américaine. L'impérialisme US est poussé à passer à l'offensive.

La Chine devient le premier partenaire commercial de l'Amérique du Sud et du Venezuela ? Les USA enlèvent son dirigeant (Maduro) et extorquent du régime un assouplissement des règles pour l'exploitation pétrolière du pays. L'Europe n'investit pas assez dans l'armement au goût des USA ? Les USA menacent l'UE de droits de douane et obtiennent l'achat d'armes américaines par les impérialismes européens. La menace de l'annexion du Groenland ? Une manière pour eux d'imposer aux dirigeants des pays de l'UE de se soumettre politiquement.

Il est significatif que le seul pays contre lequel bute Trump soit la Chine. Après une escalade des droits de douane (145% en avril 2025) avec la Chine, cette dernière l'a menacé de restreindre son accès aux terres rares, dont elle contrôle 90% des capacités de raffinement à l'échelle mondiale. L'administration US a abaissé ses ambitions (30% de droits de douane en mai 2025). En effet, à bas bruit, la Chine continue de gagner des parts de marchés (Afrique, Moyen-Orient, Amérique du Sud) et développe des infrastructures facilitant son commerce vers l'extérieur. Elle dispose du deuxième budget militaire mondial, et est l'un des seuls véritables concurrents des USA sur le terrain des nouvelles technologies et de l'IA.

Reste le marasme économique, manifestation de la crise historique du capitalisme

Une des raisons de l'exacerbation des tensions inter-impérialistes est l'essoufflement de la Chine dans son rôle de volant d'entraînement de l'économie mondiale. Ce ralentissement persiste malgré les efforts d'investissements publics du pays par endettement, qui risquent aujourd'hui de l'entraîner dans une crise monumentale. Une crise qui a déjà commencé avec l'effondrement du géant de l'immobilier Everground en 2021, privant les capacités industrielles chinoises de leur principal débouché. De cette manière, les prix des biens immobiliers baissent, ce qui dévalue les salaires du prolétariat chinois, épargné dans l'achat d'un logement (l'immobiliser représentant 70% de l'épargne des chinois). Une situation qui se manifeste donc par une faible consommation des masses et un chômage grandissant, notamment dans la jeunesse (autour de 50%). Pour tenter de conjurer la crise sociale qui menace, le PCC concentre ses efforts, non sans peine, dans les exportations manufacturières vers le reste du monde (+70% en 9 ans). Cet état de fait cache donc une crise de surproduction latente : que faire de ces immenses capacités de production si les autres puissances impérialistes arrivent à ériger des barrières douanières ? Or, ces barrières douanières sont précisément une nécessité pour les autres puissances impérialistes afin de protéger de la Chine les débouchés de leurs propres trusts industriels en difficulté. Ces contradictions économiques sont les raisons fondamentales des tensions actuelles entre les puissances inter-impérialistes et les offensives de l'impérialisme US.

Une autre conséquence de la congestion du marché mondiale, c'est le gonflement de bulles financières. C'est le cas dans l'IA, dont la valorisation boursière, totalement déconnectée des profits réels et futurs du secteur, atteint des proportions inouïes. Cette bulle spéculative menace l'économie mondiale d'un terrible krach financier.

Enfin, ce marasme économique et cette exacerbation des rivalités inter-impérialistes favorisent l'endettement au niveau mondial (+300% depuis 2009) et notamment dans l'industrie de l'armement. Cette dernière concentre toute la barbarie du mode de production capitaliste car elle est à la fois un moyen de relancer l'économie, in fine par la guerre, et d'imposer le joug des puissances impérialistes sur les peuples à l'échelle internationale.

La seule solution qu'a le mode de production capitaliste pour se maintenir : barbarie, surexploitation, guerres

L'écrasement du peuple palestinien et la mise en place d'une tutelle coloniale directe est la manifestation sans équivoque de cette barbarie impérialiste. Trump s'est auto-assigné un mandat colonial, par le biais de son conseil de la Paix où il règne en maître, sur ce qu'il reste de la bande de Gaza. Une domination « pacificatrice » dont la condition est le génocide du peuple palestinien et dont la tâche première est le « désarmement » de la bande.

Il s'agit là d'une illustration particulièrement marquante de la méthode impérialiste pour « régler » l'ordre international. Ainsi, la guerre entre la Russie et les impérialismes occidentaux pour dominer l'Ukraine a déjà fait plus de 500 000 morts et 1 million de blessés dans les prolétariats ukrainien et russe. Le développement considérable de l'économie d'armement depuis le début de la guerre, prépare à une échelle encore plus grande l'usage de cette méthode par la bourgeoisie pour trancher les conflits pour le repartage du monde : la guerre, la boucherie des prolétariats les uns contre les autres.

A cela s'ajoute le durcissement intérieur de la tutelle policière. Aux USA, la ICE incarne cette débauche de violence répressive. Son budget a triplé entre 2004 et 2025 (de 3,3 à 10 milliards de dollars), auquel s'ajoute la « Big Beautiful Bill » de Trump qui prévoit 75 milliards sur quatre ans (environ 30 milliards par an). Cela fait de la ICE la quinzième plus grosse armée du monde. Cette dernière s'est tristement illustrée par ses enlèvements en pleine rue (y compris d'un enfant de cinq ans), puis par son double meurtre à Minneapolis, provoquant une large mobilisation du prolétariat (entre 50 et 100 000 manifestants et une « grève générale » à Minneapolis le 25 janvier).

Cette barbarie, dans laquelle s'enfonce le régime capitaliste, prend racine dans un besoin impérieux pour les différentes bourgeoisies : durcir l'appareil répressif. Dans cette lutte sans merci pour le partage et le repartage du monde, les bourgeoisies nationales doivent dégager, y compris à l'intérieur des citadelles impérialistes, davantage de profit en faisant baisser la valeur de la force de travail. Elles s'échinent ainsi à diviser et terroriser le prolétariat pour éviter toute résistance de sa part.

L'impérialisme français en déclin est pris en étau de la lutte des autres impérialismes

Un bon critère pour en juger c'est le solde commercial de la France, notamment vis-à-vis de l'avalanche d'importations de biens chinois. Celles-ci ont augmenté de 35% depuis le Covid, et le déficit commercial de l'UE vers la Chine atteint 300 milliards d'euros (2025). Pour la France ce dernier atteignait déjà 32 milliards en 2019, 50 milliards en 2025. Cela signifie, pour la bourgeoisie française, la perte d'importantes parts de marchés en Europe et au niveau national. La consommation de biens français recule (pour l'industrie comme pour les ménages), entraînant à terme, l'éviction des entreprises françaises de marchés clés, comme l'automobile (13 millions d'emplois en Europe). D'autant plus que, les USA, à l'aide de barrières tarifaires, limitent les exportations vers leur sol (- 1 milliard d'euros contre + 3 milliards par an avant les droits de douane pour la France). Conséquence : jamais les défaillances d'entreprises n'ont été aussi nombreuses en France, atteignant un nouveau record en 2024, avec plus de 68 000. La croissance stagne autour de 1% (1,1% en 2024, 0,9% en 2025) alors que la dette issue du déficit budgétaire pèse de plus en plus lourd sur le budget de l'Etat (10%).

A cela s'ajoute l'éviction de la France de son ancien pré-carré colonial (Afrique de l'Ouest) à la faveur de la Chine ou des US, et son incapacité à tenir en « bon ordre » les confettis de son ancien empire. En Kanaky, après la répression sanglante du soulèvement de la jeunesse Kanak en mai 2024, qu'a menée la police française avec l'aide des milices caldoches, la déportation d'un certain nombre de dirigeants du mouvement vers la métropole débouche sur la « mort naturelle » de Frédéric Grochain à 31 ans en prison en Bourgogne le 06 février. La situation est donc au point mort et l'île s'enfonce dans la crise économique.

Enfin la crise politique persistante, rend plus difficile pour la bourgeoisie française de mener les contre-réformes décisives dont elle aurait besoin pour temporairement inverser la tendance.

Le budget est adopté : une défaite sans combat pour le prolétariat

Le 2 février, après trois 49.3 non censurés, le projet de loi de finances du gouvernement Macron-Lecornu a été définitivement adopté. Il s'agit d'une défaite sans combat pour le prolétariat et la jeunesse, qui ont été écartés de toute remise en cause du gouvernement et de son budget.

La séquence du 10 et du 18 septembre a joué un rôle clé dans cette paralysie. Le 10, avec toutes ses limites, 200 000 jeunes et prolétaires sont sortis dans la rue sur la revendication « A bas Macron », et ont été confrontés à un appareil de répression massif (80 000 policiers déployés). Suite à cet épisode, les différentes bureaucraties syndicales ont repris la main sur la jeunesse en organisant une journée d'action revendiquant « un meilleur budget » pour « faire pression » sur Macron. Il n'aura pas fallu 14 journées comme pendant les retraites, ce seul rendez-vous a suffi pour éteindre complètement toutes velléités de combat.

Sur cette base les différentes bureaucraties à la tête des confédérations syndicales (CGT, FO et FSU) plongent dans un dialogue social continu tout en refusant et éludant la question du combat pour imposer le retrait pur et simple du budget. De cette manière, elles ont été le meilleur soutien au gouvernement Macron. Combattre le budget du gouvernement aurait permis de poser les questions suivantes : quel budget pour satisfaire les revendications élémentaires et quel gouvernement pour le mettre en œuvre ? Mais les subsides de l'Etat et la sélection qui s'opèrent après des décennies de collaboration de classe, ont rendu les appareils dirigeants des syndicats profondément réactionnaires. Ils sont ainsi attachés à l'ordre social de la bourgeoisie, qui garantit leur position, et de cette manière, au mode de production capitaliste.

Une fois le prolétariat et la jeunesse sur le banc de touche, les directions syndicales s'en remettent à la « démocratie » et à la majorité bourgeoise de l'assemblée nationale, où le PS et LFI ont les coudées franches pour jouer leurs partitions. Le PS, dans son rôle de parti de « gouvernement » a apporté son soutien à Lecornu, sous couvert de négocier un « meilleur » budget. LFI, elle, a joué son rôle d'organisation petite bourgeoise « radicale » en confinant toute contestation du gouvernement Macron et de son budget à l'espace parlementaire, et ce, en nourrissant l'illusion d'une destitution alors que la seule majorité qui existe à l'assemblée nationale est une majorité bourgeoise ! En réalité, LFI s'est toujours maintenue dans le cadre de la modification du budget mortifère du gouvernement.

Un budget de guerre... dont la conséquence est une vague de contre-réforme contre le prolétariat et la jeunesse !

Le budget 2026 prévoit ainsi une baisse de 1,5 milliard d'euros dans l'ensemble des ministères, sauf le régalien et l'armée (+ 6,7 milliards par rapport à 2025). Ces coupes signifient une dégradation des conditions de travail des fonctionnaires et des acquis du prolétariat et la jeunesse comme l'éducation ou la santé. Et ce, pour financer la guerre et l'appareil répressif d'Etat.

De fait, les « cinq mesures » présentées le 17 janvier par Lecornu comme des « concessions » promises au PS sont d'une hypocrisie sans nom. Car toutes ces mesures vont être financées... par des coupes plus importantes ailleurs !

Prenons l'exemple des bourses et de la généralisation des repas à 1 euro. Sans moyens supplémentaires, cette mesure implique une dégradation des conditions de travail des agents du Crous, déjà épouvantable, mais aussi une baisse de la qualité et de la quantité de repas fournis dans les resto'u ! L'objectif de cette mesure est en réalité de participer à la destruction des Crous, qui seront financés inégalement, région par région. Au final, ce sont les étudiants qui payent de ce budget de guerre. Une telle logique s'applique à l'ensemble des « concessions » du PS.

Ajoutons que ce budget n'est qu'un avant-goût des coupes nécessaires pour la bourgeoisie française. Le budget 2026 ne ramène le déficit qu'à 5 % du PIB, contre les 4,5 % brandis comme un minimum vital cet été. La bourgeoisie a dû revoir ses objectifs à la baisse faute de moyens politiques, afin de s'assurer qu'un budget passe et de continuer sa fuite en avant dans la course à l'armement.

Bureaucraties syndicales, patronat et gouvernement : main dans la main pour préparer les prochaines contre-réformes

Aujourd'hui les bureaucraties syndicales maintiennent leur soutien au gouvernement et à son programme par la participation à la conférence Lecornu-Farandou (dite sur le travail et les retraites). Cette conférence scelle dans le marbre la contre-réforme Borne et vise à associer les syndicats à la discussion pour avancer vers la retraite par capitalisation, la retraite à points. Mais surtout, en avançant mains dans les mains avec les dirigeants syndicaux, le gouvernement diminue le risque que le prolétariat combatte contre ses contre-réformes.

Il y a la proposition du MEDEF de CDI jeunes, qu'il présente comme un « contrat » sans obligation de durée, que l'employeur pourrait rompre quand il veut, et qui serait payé moins que le SMIC. Une énième résurgence de contrat de surexploitation des jeunes à l'instar du CPE. Toutefois, le gouvernement n'a pas moyen de réaliser une offensive si frontale et priorise d'avancer avec le dialogue social : « La priorité du premier ministre est que les négociations des partenaires sociaux en cours sur les ruptures conventionnelles se terminent [...]. L'urgence est de faire atterrir les négociations. Syndicats et patronat ont entamé en janvier une négociation, à la demande du gouvernement, pour chercher 400 millions d'économies sur l'indemnisation des salariés ayant conclu une rupture conventionnelle. Elle doit se conclure fin février. » Le but reste bien de faire de la jeunesse une main d'œuvre corvéable à merci, la moins qualifiée possible et « flexible » dans différents secteurs.

Au programme de la bourgeoisie : militariser et discipliner la jeunesse...

Pour avancer dans cette direction, la bourgeoisie doit discipliner la jeunesse en faisant reculer les libertés démocratiques, et en lui interdisant de se mobiliser (flics dans les facs, loi « contre l'antisémitisme » à l'université). Notons ici qu'une loi, aujourd'hui simplement ajournée au parlement, se démarque par son caractère particulièrement réactionnaire : le projet de loi Yadan. Ce dernier vise explicitement à condamner à la fois toute remise en cause de l'Etat d'Israël, tout appel à sa destruction (article 2), mais aussi toute comparaison entre Israël et le régime nazi, visant à interdire toute caractérisation comme génocide ce que subit aujourd'hui encore le peuple palestinien (article 4). C'est intolérable et un tel projet de loi doit être combattu, on doit exiger des organisations du mouvement ouvrier sa dénonciation et qu'elles mettent tout en œuvre pour combattre cette proposition de loi scélérate.

LR et Nunez, ministre de l'intérieur, ont également soutenu récemment une proposition de loi visant à « reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre [lors de l'usage de leur arme], dans l'exercice de leurs fonctions ». En clair, offrir un permis de tuer à la police c'est-à-dire aux milices fascisantes de la démocratie bourgeoise. S'il n'est pas dit qu'un tel projet arrive à terme, il exprime le renforcement du caractère policier que connaît depuis plusieurs décennies l'Etat bourgeois.

Pour la bourgeoisie, la jeunesse doit se tenir à carreaux. Elle doit même se faire à l'idée que bientôt, elle devra aller à la guerre s'entretuer contre d'autres jeunes qui n'ont rien demandé. Lors de « ses vœux aux français » Macron présente comme l'un des grands chantiers à finir celui du « du service national pour l'engagement de nos jeunes, qui renforcera le lien entre nos armées et la nation ». Autrement dit, le Service Militaire Volontaire (SMV), qui doit former 10 000 jeunes d'ici 2030, 50 000 d'ici 2036. En plus de poursuivre l'objectif de « 355 000 militaires et civiles d'ici 2030 » au service du ministère des armées (contre 200 000 en 2020), il s'agit d'une offensive politique contre la jeunesse. Cette propagande militariste accompagne la hausse des budgets militaires, qui prépare à la guerre que couve la crise du capitalisme. Sur le même terrain, le ministère des armées a distribué plus de 350 000 livrets « Ma Première Cérémonie militaire » dans les écoles primaires et diffuse un guide dans les collèges et lycées nommé : « acculturer les jeunes à la défense ».

Ce SMV et l'intensification des campagnes d'embauches dans l'armée se déroulent alors que la jeunesse ouvrière est consciencieusement exclue de l'université, forcée de s'endetter dans le privé, de devenir une main d'œuvre peu chère pour le patronat par l'apprentissage ou enfin... de s'enrôler ! Le SMV compte en effet pour... 15 crédits ECTS (60 pour une année d'université), de quoi faire jouer son dossier l'année suivante et passer une sélection de plus en plus dure.

... et la déqualifier !

Le communiqué de presse du ministère de l'ESR du 09/01/2026 annonce la couleur de cette déqualification avec le lancement des « Assises du financement de l'ESR ». Il s'agit de « concertations » généralisées entre le gouvernement et « les organisations syndicales de l'ESR et des étudiants » afin d'« objectiver la situation financière des universités » et d'en dégager un « constat partagé ». Il s'agit en réalité de faire avaliser par les organisations syndicales des « contraintes structurelles ». Le gouvernement veut donc revoir « le modèle économique des établissements » notamment par la réduction du « fardeau bureaucratique » (entendre le statut des enseignants). Il souhaite aussi le développement des « ressources propres » c'est-à-dire l'augmentation et la généralisation des frais d'inscriptions sur lequel Macron se veut « sans tabou » ou encore, comme c'est déjà le cas, le renforcement des contrats publics/privés. France Université (association des présidences d'universités) a ainsi signé le 12 février une convention avec le Medef qui stipule notamment « l'implication des entreprises dans le pilotage de la carte des formations, pour une meilleure adéquation avec les besoins du marchés ».

Parmi les « contraintes structurelles», on retrouve la généralisation des « Contrats d'Objectifs de Moyens et de Performances » (COMP), ou encore des « engagements en matière de finance publique ». Dans un Vademecum récent sur les COMP, l'Etat expose les « indicateurs » qui serviront de base à l'attribution des budgets dans les universités, par exemple le nombre de formations « moins performantes » « transformées » par les présidences ! La bourgeoisie veut conditionner le financement des universités à la liquidation des formations « moins performantes » du point du vue du capital et de fait, à une aggravation de la sélection en leur sein.

Il s'agit de rediriger les jeunes vers des formations privées, soumises aux besoins du patronat, et moins qualifiantes que les diplômes nationaux, tout en les détruisant. La loi de modernisation de l'ESR que prépare P. Baptiste (qui reprend son parcours parlementaire le 13 avril) doit faire tomber le « privilège » des universités publiques en matière de diplômes, en donnant aux formations privées le droit de les distribuer sans contrôle des universités publiques.

Enfin, pour les universités sous financées, cela les oblige à chercher des contrats avec le privé, ou dans le seul poste de budget du gouvernement qui augmente... le militaire ! Dans le Vademecum déjà cité, on apprend qu'un des autres critères de financement des universités est leur participation à la « souveraineté » de la France, c'est-à-dire, aux intérêts de classe guerriers de la bourgeoisie ! Comme pour le reste, il lui est insupportable de ne pas rendre profitable la recherche, quand il ne s'agit pas tout simplement d'en écarter les conclusions dérangeantes (cf. Trump), quitte à la soumettre à des objectifs obscurantistes et guerriers.

Une seule issue : le combat pour le socialisme !

A l'issue de cet éditorial, apparaît le caractère particulièrement criant de la crise du capitalisme, la crise économique qui menace, le chômage, la répression, la dégradation et la précarisation de la jeunesse, la militarisation puis la guerre... Tout cela découle de la nature profondément pourrissante du capitalisme, incapable aujourd'hui d'assurer son propre développement sans exalter ses traits barbares.

La seule issue qui existe pour la jeunesse et le prolétariat est de mettre à bas le système capitaliste à l'échelle internationale et de s'engager dans la voie de la planification de la production en fonction de nos besoins sociaux, à commencer par exemple, par l'annulation des dettes et la nationalisation sans indemnité des banques. En un mot à s'engager dans la voie du socialisme. C'est ce qui est posé en germe à chacune des tentatives de résistance que la jeunesse engage contre le capitalisme.

Pour cela se pose devant elle la nécessité de son union avec le prolétariat pour mettre à bas la bourgeoisie, son gouvernement, détruire son État, sa police et exercer par elle-même sa domination sur les anciennes classes dominantes pour imposer un développement harmonieux de la société.

A chaque fois, la jeunesse trouve en travers de sa route les chiens de garde du mode de production capitaliste : police, intellectuels prônant l'idéologie bourgeoise... mais surtout les appareils bureaucratiques qui contrôlent les organisations ouvrières et parasitent le mouvement ouvrier. Ces appareils détournent ces organisations de leur rôle historique de résistance au capitalisme et d'instrument de centralisation du combat pour le socialisme. Ils interdisent à la jeunesse de renouer avec la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier et ses acquis politiques, en premier lieu l'organisation, pour engager de manière décisive le combat à l'échelle internationale, permettant ainsi à la bourgeoisie d'engranger des victoires.

Mais cela n'est que temporaire. La situation objective de crise combinée du capitalisme et des bureaucraties par leur auto-sabotage dans la jeunesse impose à terme la réorganisation, même de manière confuse, du prolétariat et de la jeunesse sur l'axe de la lutte pour le socialisme et donc contre ces appareils. C'est sur ce diagnostic que nous situons notre lutte pour la construction d'une Organisation Révolutionnaire de la Jeunesse et d'une Internationale Révolutionnaire de la Jeunesse, composante du combat pour un Parti Ouvrier Révolutionnaire et d'une Internationale Ouvrière Révolutionnaire. Par notre intervention nous cherchons à poser des jalons dans cette lutte pour que le prolétariat et la jeunesse renouent avec cette perspective historique.

Comment poser ce combat autour de nous ?

Aujourd'hui il faut faire fond sur les surgissements de la jeunesse et du prolétariat face aux offensives que le gouvernement prépare, ou est déjà en train de mener, fort de la défaite sans combat qu'il vient d'infliger aux travailleurs et de la jeunesse : budget des universités, CDI jeunes, hausse et généralisation des frais d'inscriptions, projet de loi Yadan, loi de modernisation de l'ESR, militarisation de la jeunesse... La nature du gouvernement Macron-Lecornu ne fait nulle illusion. Ce sont les possibilités et méthodes pour combattre qui interrogent : comment mettre fin à la spirale des défaites ? Comment profiter de la faiblesse politique du gouvernement ?

A ces questions nous répondons : le combat au sein de la jeunesse et de la classe ouvrière pour le front unique ouvrier ! Le gouvernement avance car la jeunesse et le prolétariat sont disloqués et que leurs organisations servent de marche pieds à Macron par le biais du dialogue social ! Alors qu'il est évident que ce n'est pas leur nature ! Nous devons nous organiser au sein de nos promotions, de nos lieux de travail, pour imposer qu'elles rompent leur collaboration avec la bourgeoisie (gouvernement, MEDEF) et exiger l'organisation, dans l'unité nécessaire à la victoire, du combat pour le retrait de ces projets délétères ! Ce n'est que confrontée à l'opposition féroce des bureaucraties qu'apparaît avec clarté la nécessité d'expulser ces collaborateurs de nos organisations, de s'organiser et de s'armer des acquis du mouvement ouvrier pour mener un tel combat !

Boycott des assises de l'ESR ! Boycott de la conférence Macron-Farandou !

Pour le retrait du projet de loi Yadan ! Halte à la hausse des frais d'inscription !

Macron dehors !

Chasser le gouvernement Macron-Lecornu est une impérieuse nécessité pour le prolétariat et la jeunesse en France. C'est pourquoi nous avançons une perspective positive : un gouvernement de front unique ouvrier. C'est-à-dire un gouvernement des organisations qui se dégageront du mouvement du prolétariat et de la jeunesse contre les gouvernements bourgeois.

Toutefois, la situation actuelle ne permet pas ainsi de dire quelles seront les organisations dont les masses se saisiront. Les partis politiques issus du mouvement ouvrier en France, le PS et le PCF, sont à l'agonie. Leurs liens avec la classe ouvrière se sont réduits ces dernières décennies à un rapport purement électoral, qui lui aussi tend à s'effacer. C'est le produit de leur engagement totalement assumé dans la défense de l'ordre bourgeois, sans aucun faux-semblant depuis le rétablissement du capitalisme en Russie. De leur décomposition, LFI a émergé comme organisation petite-bourgeoise et connaît un certain succès auprès de certaines fractions du prolétariat et de la jeunesse. Toutefois, bien que LFI paraisse opposée au gouvernement Macron et que la bourgeoisie l'ait érigée en ennemie « d'extrême gauche », cette dernière est également fondamentalement alignée sur la défense des intérêts de l'impérialisme français. La place des syndicats ouvriers (CGT, FO, FSU) paraît ainsi déterminante, et ce malgré leur état de décomposition et la compromission de leurs dirigeants ; mais, dans la jeunesse étudiante, il n'existe plus, à ce jour, d'organisation étudiante nationale capable de centraliser effectivement les étudiants contre le gouvernement bourgeois. Tout dépendra ainsi des voies et des moyens que trouveront les masses pour engager le combat.

De plus, la spontanéité des masses ne peut pas être suffisante. Ce que nous démontrons ici, c'est que tout ceci n'a de sens que dans le cadre du combat contre le capitalisme : pour la prise du pouvoir à l'échelle internationale et pour un gouvernement ouvrier en France comme composante d'Etats-Unis Socialistes d'Europe, à même d'avancer vers la construction du socialisme. De cette perspective apparaît la nécessité de la lutte pour la construction du Organisations Révolutionnaire de Jeunesse. C'est sur cet axe que les militants qui diffusent Socialisme ou Barbarie sont regroupés en Cercle de Jeunes Révolutionnaire, interviennent et combattent.

Février 2026

Thématique : Editoriaux
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