Unité des organisations du mouvement ouvrier (syndicats et partis politiques) pour empêcher son adoption !
Aucune participation des dirigeants syndicaux à la conférence « pour le travail et la retraite » !
De jour en jour, la jeunesse constate la progression de la barbarie capitaliste. Le futur qui lui est offert aujourd'hui par l'impérialisme est celui de la marche accélérée vers la guerre, de la destruction de la planète, de l'offensive généralisée contre ses conditions d'étude et ses possibilités de qualification. Ce n°4 de Socialisme ou Barbarie est le bulletin de liaison des militants des Cercles de Jeunes Révolutionnaires, convaincus de la nécessité d'opposer le combat pour le socialisme au chaos généralisé, seule perspective que peut offrir le mode de production capitaliste à son stade pourrissant. Sa manifestation la plus cruelle aujourd'hui en est celle du génocide en live du peuple palestinien, au cœur de la lutte des classes des travailleurs et de la jeunesse de tous les pays.
Israël poursuit sans répit son entreprise génocidaire avec le soutien indéfectible des impérialismes
Israël, avec le soutien de l'impérialisme américain, continue son massacre du peuple palestinien, désormais réduit à la famine. Début septembre, l'armée israélienne a pris le contrôle de la ville de Gaza, retranchant des centaines de milliers de personnes vers Deir Al-Balah, dans le sud de la bande. Le blocus total, la coupure d'internet dans la bande empêchent toute estimation du nombre réel de survivants. Le projet colonial continue aussi en Cisjordanie, par l'approbation du « projet E1 », visant à construire 3000 logements pour les colons sur cette zone, coupant le reste de la Cisjordanie de Jérusalem-Est. Ce faisant, Netanyahu parachève le nettoyage ethnique de la Palestine et accélère la constitution du Grand Israël.
La paix des cimetières
Derrière les gesticulations sur la reconnaissance d'un prétendu « État palestinien », les impérialismes européens défendent inconditionnellement l'État d'Israël, militairement et économiquement. Israël fournit la police française en équipement de cybersurveillance depuis 2015, et l'UE continue de financer la recherche israélienne dans le domaine de l'armement. Toute tentative de soutien au peuple palestinien est immédiatement réprimée : le gouvernement italien, lors de la récente grève pour la Palestine du 22/09, a sorti matraques et armée de terre.
La vague de reconnaissance d'un prétendu « État palestinien » lors du sommet de l'ONU reste dans la lignée des injonctions au respect du « droit international ». Ce dernier a toujours accompagné l'État israélien dans son entreprise génocidaire. Le récent accord entre le Hamas, Israël et les USA ne constitue en rien la fin du génocide. Gaza est détruite et, si tant est qu'Israël respecte cet accord, sous le terme « d'État palestinien », il prévoit la mise sous tutelle des gazaouis par une administration coloniale choisie par le gouvernement israélien lui-même.
La jeunesse cherche à se saisir de la moindre occasion de témoigner de sa solidarité avec le peuple palestinien : Rima Hassan et les opérations de flottilles largement relayées par LFI en témoignent. Or LFI et R. Hassan s'en remettent toujours au « droit international », et appellent l'impérialisme français à le faire appliquer, d'où leur soutien à la reconnaissance d'un « État palestinien » par Macron. R. Hassan a twitté à l'occasion que c'était « une grande victoire » !
Elle a aussi appelé à ce que la France – comprendre l'impérialisme français – protège la flottille, « et avant tout les ressortissants français » à bord. Cet appel est opposé au combat pour la centralisation du combat contre Macron et la bourgeoisie française alliée de l'État d'Israël.
C'est aussi la position des directions syndicales, qui continuent d'appeler à manifester pour « une paix juste et durable », c'est-à-dire pour la paix des cimetières palestiniens.
Seul le combat pour imposer aux directions syndicales qu'elles rompent avec ces fausses solutions, qu'elles organisent et centralisent le boycott effectif de l'État Israël à tous les niveaux peut aider le peuple palestinien. Les organisations du mouvement ouvrier doivent appeler dans l'unité à une manifestation massive à l'ambassade d'Israël, contre le massacre du peuple palestinien et pour l'abandon de toute poursuite des personnes mises en cause pour leur soutien au peuple palestinien. palestinien. Les organisations du mouvement ouvrier doivent appeler dans l’unité à une manifestation massive à l’ambassade d’Israël, contre le massacre du peuple palestinien et pour l’abandon de toute poursuite des personnes mises en cause pour leur soutien au peuple palestinien (voir les offensives en cours à l’université dans ce numéro). Suite dans l’article Moyen-Orient dans ce numéro.
Budget Macron-Lecornu : un budget de guerre en défense du capitalisme français
Le mode de production capitaliste, à son stade impérialiste, est en plein pourrissement. Sa crise s'approfondit : la tendance est à la baisse de la croissance mondiale depuis 2008. Selon la Banque Mondiale, la croissance mondiale entre 2020 et 2027 reflue à 2,5%, soit le rythme de croissance le plus bas depuis les années 60. Et cela malgré l'augmentation de l'endettement des États pour tenter d'y pallier. La dette des pays de l'OCDE s'est ainsi multipliée par 3 depuis 2007. La tendance est à l'endettement généralisé et à l'intensification des tensions inter-impérialistes. Ainsi, au détriment de l'ordre impérialiste mondial dont l'impérialisme américain était le garant auparavant, Trump a mis en place les tarifs douaniers (17,3% en moyenne contre 2,4% avant), pour tenter d'enrayer l'ascension du « jeune » impérialisme chinois.
Les impérialismes européens sont pris en étau, entre d'un côté les tarifs douaniers américains et de l'autre l'exportation massive de biens chinois qui inonde leurs marchés. Chaque impérialisme européen joue son propre jeu pour tenter de s'en sortir, à la manière de l'impérialisme allemand, qui mise sur une immense relance de son économie par l'industrie d'armement, en multipliant par trois ses dépenses militaires depuis 2022, les portant à 162 milliards en 2029.
La situation de l'impérialisme français, comparée aux autres impérialismes européens, est catastrophique. En témoigne la dégradation par les agences Fitch et S&P de la note de la dette française. La France paye des taux d'intérêts plus élevés que l'Espagne et la Grèce, et affiche le déficit budgétaire le plus élevé de la zone euro. Sa balance commerciale dans l'agro-alimentaire est désormais négative, alors que c'est l'un des secteurs qui faisait auparavant sa force. Enfin, l'approfondissement de la crise de l'impérialisme français découle également de l'effondrement de ses positions coloniales en Afrique ainsi que des crises dans ses « territoires ultra-marins » (Kanaky, Martinique).
La solution qu'a trouvée la bourgeoisie française pour tenter d'enrayer sa propre crise, c'est celle du réarmement militaire comme volet d'entraînement de son économie. Pour surmonter une crise en réalité existentielle, la bourgeoisie doit continuer coûte que coûte à rembourser sa dette, et soutenir ses entreprises pour tenter de maintenir un taux de profit convenable malgré l'approfondissement inéluctable de la crise généralisée du mode de production capitaliste.
Une nécessité pour la bourgeoisie française : poursuivre la destruction des acquis du prolétariat et de la jeunesse au moyen du budget 2026
Le gouvernement doit ainsi dégager des marges budgétaires en taillant dans les dépenses sociales : c'est ça la signification du projet de budget 2026. Ce budget, c'est la traduction du programme de réarmement militaire annoncé par Macron le 5 mars, et repris par Lecornu. Consciente de sa position comme deuxième exportatrice mondiale d'armes, la bourgeoisie française mise sur une augmentation du budget de la défense (+13%) et sur le renforcement de la militarisation.
C'est dans cet objectif que Bayrou avait annoncé au cours de l'été 44 milliards de coupes dans son projet de budget 2026 qui préparait également une batterie d'attaques contre le droit à la santé, par le doublement des franchises, en augmentant les jours de carence et remettant en cause la prise en charge à 100% pour les ALD et les arrêts maladies. C'était un budget de guerre contre les conditions de vie de la population laborieuse. Et pourtant, il n'aurait même pas été suffisant au regard des besoins de la bourgeoisie en crise face à l'affrontement titanesque entre les USA et de la Chine.
Pour mener à bien son budget, le gouvernement Bayrou avait également programmé trois chantiers à partir desquels négocier avec les directions syndicales (sur l'assurance chômage, la suppression des deux jours fériés et sur la modernisation du marché du travail). Mais Bayrou est tombé le 9 septembre. La bourgeoisie française se retrouve une nouvelle fois face à la crise de sa représentation politique. Confrontée à son propre déclin, elle voit ses partis (LREM, LR, etc.) rejetés par une fraction de la petite-bourgeoisie et du prolétariat, qui se sont reportés sur le plus réactionnaire des partis bourgeois, le RN. Ce mouvement procède fondamentalement de l'absence de perspective du côté du mouvement ouvrier en raison des décennies de collaboration du PS et du PC à des gouvernements bourgeois et de front républicain. Ainsi, faute d'une majorité à l'Assemblée, ces gouvernements sont fragiles et ne sont pas en mesure de prendre en charge l'ensemble des attaques dont la bourgeoisie prise à la gorge a besoin.
À l'issue d'un processus chaotique, Lecornu a donc été nommé premier ministre − deux fois − dans la foulée de la chute de Bayrou et a directement mis le cap sur l'objectif du budget en préparation : la mise en œuvre du programme de réarmement militaire. Le budget préparé par Lecornu est fondamentalement de même nature que celui de Bayrou, comme il l'exprime : « Il faut donc poursuivre la réduction de notre déficit et c'est l'objet des consultations en cours ». Et faire passer un budget est sa priorité, ce qu'il confirme dans l'entretien au Parisien donné le 26 septembre : « Je souhaite continuer à travailler le projet de budget. Les ministres qui veulent rentrer au gouvernement vont devoir l'endosser. C'est le « quoi » avant le « qui » ». Car le budget, à l'exception de décrets, est le moyen pour la bourgeoisie française de porter les attaques contre le prolétariat et la jeunesse qui lui sont indispensables, et la reconduction de celui de 2025 ne suffit pas.
Pour ne pas être censuré immédiatement et s'assurer la collaboration du PS, le gouvernement Lecornu II a prétendument « lâché » sur les retraites. En vérité, comme l'a indiqué Macron, il s'agit juste d'un décalage de deux ans de l'application de la réforme. Mais c'est un décalage coûteux pour la bourgeoisie, qui va nécessiter des coupes budgétaires encore plus brutales pour le compenser. Une nouvelle fois, le PS s'est placé en défense des intérêts fondamentaux de la bourgeoisie.
LFI de son côté, en répandant l'illusion d'une destitution de Macron à l'AN prend part à sa façon au dispositif de soutien au gouvernement. Alors que LFI rencontre un écho certain au sein d'une fraction de la jeunesse et du prolétariat immigré (récemment en grande partie grâce à ses prises de position sur la Palestine), LFI dévoie cette aspiration dans une fausse position de rupture, qui pave la voie à la collaboration des appareils syndicaux et du PS avec le gouvernement Lecornu. En témoigne la position d'��ric Coquerel : « Avant tout retour aux urnes, on doit laisser l'Assemblée nationale voter une loi spéciale qui reconduit le budget de 2025 pour une continuité de l'État. Ensuite, se retrouver début 2026 pour avoir un vrai débat et voter un budget. » Tout est dit : derrière la diversion de la destitution de Macron, LFI endosse en réalité la nécessité de doter l'impérialisme français d'un budget. Soit par la reconduction de celui de Bayrou de l'an dernier, soit en amendant celui préparé pour 2026 par Bayrou, repris pour l'essentiel par Lecornu. Elle se place ainsi sur le terrain du soutien total à la bourgeoisie française en crise.
Les budgets de Macron, quel que soit son gouvernement, sont des budgets réactionnaires. Ce sont de véritables outils de destruction des acquis du prolétariat et de la jeunesse. Cela au profit de la marche à la guerre enclenchée par la bourgeoisie en proie à une crise économique et politique. Celle-ci est coincée entre les coupes immenses qu'elle doit faire pour surmonter sa crise économique, et la crise politique qu'elle traverse et qui l'empêche de s'en donner les moyens. Et c'est précisément pour tenter de s'extraire de cette crise politique qu'elle se tourne vers les directions syndicales et partis politiques issus du mouvement ouvrier, pour prendre en charge cette offensive.
La bourgeoisie française en crise s'appuie sur l'offre de service des directions syndicales, qui organisent la défaite contre Macron et ses gouvernements
Comme l'année dernière pour le budget 2025 du gouvernement Bayrou, il s'agit de faire prendre en charge le programme d'attaques contre le prolétariat et la jeunesse par les directions syndicales. Après les annonces par Bayrou des coupes prévues dans son budget, le gouvernement a immédiatement proposé des négociations avec les dirigeants syndicaux et le PS. Après quelques fausses hésitations, les directions syndicales se sont disposées à participer aux négociations fin août. Leur orientation, peu ou prou la même que celle du PS, est contenue dans la pétition intersyndicale du 22 août : « Le problème de la dette, c'est d'abord le manque de recettes. Il est temps d'accepter d'ouvrir la discussion sur la progressivité de la fiscalité, la contribution des hauts revenus ou des patrimoines, et la légitimité de l'optimisation fiscale ! ».
C'est-à-dire la reconnaissance de l'importance des déficits à combler, l'appel à des mesures mettant à contribution les hauts revenus, et pas un mot sur l'envolée des crédits militaires et les coupes prévues. Autrement dit, cela revient à accepter que le prolétariat paie l'addition. Les directions syndicales n'ont ainsi jamais rompu avec le gouvernement, se situant entièrement sur son terrain, celui de la destruction des acquis du prolétariat et de la jeunesse au profit d'un budget de guerre.
À l'université, les directions syndicales étudiantes se sont mises au service du gouvernement pour permettre le vote à la rentrée le projet de loi « sur la modernisation de l'université », qui aurait permis de liquider la valeur nationale des diplômes. L'Union Étudiante (UE) s'est ainsi alignée sur le calendrier et l'orientation de la FSU et de la CGT qui ont soutenu, par le dialogue social, l'avancée de ce projet de destruction de l'université publique. L'UE déclarait ainsi en juillet : « Nous refusons de débattre sur une attaque d'une telle ampleur de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans un calendrier aussi contraint et faussé par un ministère complètement hermétique à toute forme de débat. » L'UE dénonce ... le calendrier ! Et sans aucune mention du budget 2026, alors que ce projet de loi en est ce qui permettrait d'assécher l'université publique, au profit du développement du privé.
De la même manière, le soutien indéfectible des directions syndicales est indispensable au gouvernement Lecornu, pour tenter de faire passer son budget : « de manière globale, je veux faire confiance au dialogue social ». Ainsi les directions syndicales et représentants des partis ont été reçus un par un depuis le 12 septembre dans des négociations sur le budget, sur l'assurance chômage et la fluidification du marché du travail. Le président de la CFE-CGC, F. Hommeril, déclarait : « On est un peu sa dernière chance et lui-même, le premier ministre, est un peu notre dernière chance à nous ».
L'intersyndicale a ensuite fait part le 22 septembre d'un communiqué « ultimatum » qui, sous couvert de radicalité, tendait la main au gouvernement pour discuter le projet de budget. Lecornu a saisi cette main tendue, et a reçu l'intersyndicale le 24 septembre. Il leur a annoncé la reprise des chantiers de négociation ouverts par Bayrou, ainsi que l'ouverture d'une négociation sur le financement de la sécurité sociale. L'intersyndicale a alors appelé à une nouvelle journée de grève et de manifestation le 2 octobre, sans piper mot du fait qu'ils se sont engagés dans la liquidation de la Sécurité sociale, aux côtés du gouvernement, en défense des intérêts de la bourgeoisie française. Dernièrement, le nouveau ministre de l'économie, l'ancien PDG de la SNCF, a annoncé que « la conférence sur le travail et la retraite » annoncé par Lecornu dans son discours de politique générale s'ouvrirait fin novembre et tout porte à croire que la direction de la CGT y participera. C'est une véritable opération de couverture de la guerre menée par Macron et Lecornu contre la population laborieuse.
Binet indiquait sur France Info dès le 2 septembre : « Un budget pour 2026, il en faudra. Donc que le gouvernement Bayrou tombe ou pas, ce que nous voulons dire par nos mobilisations, c'est qu'il faut un tout autre budget. Donc d'abord enterrer celui-là et en construire un autre ». Binet reconnaît ainsi la nécessité des coupes à réaliser en posant la question d'un budget modifiable. Elle entretient ainsi l'illusion d'un budget à « améliorer » par quelques mesures, comme celles sur la contribution des hauts revenus, ce qui justifie le fait de « faire pression » sur Macron et son gouvernement, pour modifier le budget. C'est nier la nature réactionnaire et bourgeoise d'un tel budget. Une telle position témoigne de leur refus de centraliser les travailleurs et la jeunesse contre la bourgeoisie et son budget de guerre. Au contraire, ils s'en font les défenseurs, en les livrant à la répression.
L'envers du dialogue social : répression et dispersion
Le 10 et le 18 septembre, une fraction limitée mais significative de la jeunesse et des travailleurs ont manifesté, exprimant leur refus de la politique de réarmement de Macron. Sans être un déferlement, les manifestations ont été importantes, au contraire des tentatives de « blocage » livrées à un énorme dispositif policier (80 000 flics déployés, 415 gardes à vue). Le 10 septembre a ainsi montré la disponibilité d'une partie de la jeunesse à s'engager dans le combat contre ce gouvernement, bien que démunie de toute perspective sur les moyens de mener ce combat. Le 18 septembre, à l'appel de l'intersyndicale, les manifestations ont été significatives. Conscientes de leur capacité de mobilisation, les directions syndicales ont tout fait pour reprendre la main, pour canaliser la disposition des travailleurs et de la jeunesse dans une journée d'action sur le trajet habituel Bastille-République-Nation à Paris. Elles avancent comme seule perspective la possibilité de « faire pression » sur le gouvernement dans le but d'amender le budget, donc de justifier la participation à des négociations pour arracher quelques concessions. De fait, les dirigeants des organisations se placent du côté de l'État bourgeois, du côté de Macron, de son gouvernement et de son budget de guerre, sans jamais le remettre en cause.
Ce dispositif de journées d'actions et de grèves reconductibles disloque le combat contre le gouvernement en le ramenant à une mobilisation locale, boite par boite. Comme l'indique Souillot, secrétaire général de FO : « des assemblées générales auront lieu, dans les entreprises et les services publics, pour construire la grève et l'inscrire dans la durée, sachant que la décision de reconduire les arrêts de travail appartient aux salariés ». Obstruant de fait toute possibilité pour la jeunesse et les travailleurs de s'organiser, unis, contre le gouvernement. Au contraire, ils ont sciemment accompagné le dispositif de répression déployé les 10 et 18 septembre, livrant les manifestants au déchaînement policier. Il n'y a qu'à lire les messages envoyés par Binet le matin du 10 à Lecornu, lui demandant « de revoir la stratégie de maintien de l'ordre du ministre de l'intérieur, Bruno Retailleau », la jugeant « dangereuse, car elle joue sur les peurs et appelle les forces de l'ordre à privilégier la répression sans discernement ». Avalisant de fait la nécessité de réprimer certains manifestants plutôt que d'autres, livrant la jeunesse à la répression. Au contraire, la défense des travailleurs et de la jeunesse contre la répression policière, contre la loi sur « l'antisémitisme à l'université » et contre la casse des acquis du mouvement ouvrier est le seul moyen lui permettant de s'organiser contre la bourgeoisie.
La jeunesse dans l'impasse ?
Face au déchaînement policier du gouvernement, en particulier à l'Université, se pose alors la question suivante : comment s'organiser malgré la répression pour combattre les offensives du gouvernement ?
Des fractions de la jeunesse ont conscience de la violence du budget que préparent Macron et Lecornu. De plus en plus de jeunes comprennent combien la politique de journées d'action et de dialogue social de l'intersyndicale est une impasse. La réforme des retraites le leur a enseigné. Malgré tout, ils restent impuissants à surmonter les dispositifs de bouzille des dirigeants syndicaux.
Ainsi à l'Université l'UNEF est détruite, objet de multiples scissions en partie pilotées par LFI. Les étudiants ne sont plus dotés d'une organisation à même de leur permettre de centraliser nationalement leurs combats et de lier leurs luttes au mouvement ouvrier. Désormais il ne subsiste sur les campus que des reliquats de ce qu'était l'UNEF, ribambelles de syndicats locaux vides qui sèment la division et qui restent incapable d'incarner une issue pour la jeunesse.
A l'inverse, les organisations dites d'extrême gauche (NPA-R, RP, PCR) captent une partie de son attention en se présentant comme une issue à cette politique de collaboration. Pourtant, sous couvert de leur apparente radicalité, ils se font en réalité les relais de la politique de bouzille de l'intersyndicale. Ainsi, après le 10 septembre, Le Poing Levé (organisation à l'université de Révolution Permanente) se réjouit : « Les assemblées générales dans de nombreuses facs et devant les lycées sont un acquis important du mouvement du 10 septembre ». En réalité, bien qu'une fraction de la jeunesse se soit mobilisée en manifestation, il n'y a pas eu de véritables assemblées générales sur les campus, seulement quelques réunions où les organisations « d'extrême gauche » ont prêché leurs habituels appels à la « massification » et au « blocage du pays », saupoudrés de généralités sur les « poches pleines du patronat » et sur la nécessité de s'organiser « à la base ». Ces réunions sont largement désertées par les étudiants et empêchent la tenue de véritables AG, ce qui sert la politique de l'intersyndicale : empêcher toute centralisation des étudiants contre le gouvernement et son budget.
Car si d'un côté RP, par exemple, dénonce la politique des appareils (« ne pas se faire dicter par l'intersyndicale les méthodes ou les prochaines dates de mobilisation »), elle s'aligne finalement sur son calendrier et sa politique. Pas un mot sur la loi « contre l'antisémitisme ». Pas un mot sur le budget. La seule perspective dressée, c'est celle de s'organiser à la base, de faire des incantations sur la réussite de la journée du 10 septembre dans des organes autonomes de l'intersyndicale. Pour au final se ranger sur son calendrier, en appelant à « tenir jusqu'au 18 ». De fait, alors qu'ils prétendent dénoncer le dispositif de l'intersyndicale, ils s'en font les relais fidèles.
À bas le projet de budget Macron-Lecornu
Au contraire, pour s'opposer au budget 2026, et combattre sur ce terrain, il est impératif de combattre pour que les directions syndicales rompent toute concertation avec le gouvernement sur ce budget et l'affrontent. La seule perspective pour vaincre est celle de la centralisation du combat contre Macron, son gouvernement et son budget.
Il est donc nécessaire de combattre pour imposer aux organisations syndicales de l'ESR, mais aussi aux organisations du mouvement ouvrier (syndicats et partis) qu'ils organisent un front unique ouvrier sur le mot d'ordre :
- Contre le projet de budget de guerre du gouvernement Macron-Lecornu, unité des organisations du mouvement ouvrier (syndicats et partis politiques) pour empêcher son adoption ! - Aucune participation des dirigeants syndicaux à la « conférence pour le travail et les retraites » !
Pour que cela ne reste pas qu'une incantation, il faut combattre pour imposer aux dirigeants syndicaux l'organisation d'une manifestation centrale à l'Assemblée nationale sur ce mot d'ordre au moment de l'examen du texte.
Combattre contre le budget de la bourgeoisie pose la question d'y opposer notre propre budget, un budget qui satisferait nos revendications. Et cela pose la question du gouvernement qui pourrait le mettre en œuvre. Les masses laborieuses et la jeunesse ne pourraient exiger la satisfaction de leurs revendications que d'un gouvernement issu du front unique des organisations ouvrières sans ministres des partis bourgeois. En effet, comme la moindre revendication du prolétariat et de la jeunesse aggrave la crise du capitalisme, leur satisfaction exigerait de s'engager dans la voie de l'expropriation des moyens de production, d'organiser la production en fonction des besoins de l'immense majorité du prolétariat et de la jeunesse. L'ensemble des directions de ces organisations étant aujourd'hui pourries par leur attachement au mode de production capitaliste, seule la pression des masses les obligerait à s'engager sur cette voie.
Combattre pour le socialisme
Pour y parvenir, la jeunesse a cruellement besoin une organisation politique à même de mener ce combat. Aujourd'hui, la bourgeoisie française est en crise. Mais le prolétariat et la jeunesse sont en position de faiblesse, spectateurs, et n'arrivent pas à en tirer parti notamment en raison du poids de la défaite contre la réforme des retraites et de la répression du soutien au peuple palestinien. Mais ce désarroi, reflet de celui du prolétariat depuis plusieurs décennies, n'est pas inéluctable.
En témoignent les explosions révolutionnaires au Népal, à Madagascar, et avant elles au Bangladesh et au Sri Lanka, où la jeunesse s'est dressée contre des gouvernements corrompus jusqu'à la moelle. Si elle a parfois réussi à balayer certains représentants, elle n'est pas parvenue à poser la question du pouvoir. Si la bourgeoisie a su reconstituer des gouvernements dans ces pays, c'est en raison de l'absence d'une organisation révolutionnaire à même d'aller vers la constitution d'un gouvernement de classe, pouvant ouvrir la voie vers le socialisme. En tirant le bilan de ces mobilisations, nous pouvons gager que des fractions de la jeunesse s'engageront dans la construction d'organisations révolutionnaires. C'est sur cette perspective que nous faisons fond, en combattant, à notre (petite) échelle, pour la construction d'une Organisation Révolutionnaire de Jeunesse. C'est sur ce terrain que les militants du Cercle de Jeunes Révolutionnaires s'organisent, en s'appuyant sur 250 ans d'acquis politiques du mouvement ouvrier.
Le 13 octobre 2025