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SEPTEMBRE 2025

LA JEUNESSE FACE À L'OFFENSIVE DE LA BOURGEOISIE CONTRE LES ÉTUDIANTS

La répression qui s'abat sur la jeunesse, quand il ne s'agit pas simplement de meurtres, se fait au bruit des bottes qui résonnent dans une Europe qui se prépare à la guerre. Tout est mis en œuvre pour que la jeunesse se résigne au carnage international que nous promet la bourgeoisie.

La jeunesse doit marcher au rythme des bruit de bottes

La répression qui s'abat sur la jeunesse, quand il ne s'agit pas simplement de meurtres, se fait au bruit des bottes qui résonnent dans une Europe qui se prépare à la guerre. Tout est mis en œuvre pour que la jeunesse se résigne au carnage international que nous promet la bourgeoisie. Pourtant, ici encore, celle-ci n'a pas toujours le moyen de ses ambitions. Ce 19 septembre, le gouvernement annonçait ainsi la « mise en extinction » du SNU, un ersatz nationaliste sous financé et perclus de scandales sur les violences infligées aux jeunes. Malgré cet échec, la bourgeoisie insiste et annonce dans la foulée de cette « extinction » le projet d'un « service militaire volontaire ». Cette annonce est une offensive politique qui s'inscrit dans la volonté de gonfler les rangs de l'armée pour atteindre 355 000 militaires d'ici 2030 (contre 260 000 en 2023). Pour les jeunes issus du prolétariat, le choix doit se résumer ainsi : l'armée ou l'exploitation la plus précaire possible, chair à canon ou chair à patron. Pour y parvenir, le programme de Macron est clair : il faut en finir avec l'université et la possibilité de s'y qualifier.

La bourgeoisie cherche à en finir avec l'accès à l'université et à la qualification...

La bourgeoisie n'a jamais avalé les défaites que lui a causé la jeunesse étudiante : d'abord en 1986 avec le Projet Devaquet qui prévoyait la sélection et la privatisation de l'Université, puis en 1994 et 2006 contre des projets de contrats de travail précaire pour les jeunes (CIP et CPE). Lors de ces occasions, les étudiants se sont dressés face aux offensives du gouvernement, se sont organisés dans leurs universités et ont centralisé leur combat, notamment en se saisissant de l'UNEF, pour l'affronter. Ces dernières années, les gouvernements Macron se sont donc échinés à rattraper le temps perdu avec un certain succès (ORE, réforme du BAC, Parcoursup et MonMaster, loi sur l'apprentissage...etc.). Les objectifs en matière de destructions de l'université comme lieu d'études, de qualification et d'expression politique pour les enfants du prolétariat ont largement progressé. Ils cherchent à livrer de larges parties de cette jeunesse à l'apprentissage et à l'enseignement privé, c'est-à-dire à l'école de l'exploitation. À l'issue de ces parcours, ils n'obtiennent aucun diplôme national, et par conséquent aucune qualification liée aux garanties collectives acquises par le prolétariat (conventions collectives et concours de la fonction publique).

De la loi de modernisation au COMP 100%, la bourgeoisie veut détruire l'université publique.

Aujourd'hui, la bourgeoisie continue son œuvre destructrice par deux méthodes. D'abord par un projet de loi de « modernisation » de l'ESR porté par l'ancien ministre P. Baptiste. Cette loi s'en prend à l'un des derniers garde-fous qui contraint le développement du privé dans l'ESR : le monopole public sur le contrôle de la distribution des diplômes. Avec cette loi, le privé disposerait du droit de délivrer les diplômes par grand secteur de formation. Sans garantie de leur valeur nationale et de leur contenu, ces diplômes, souvent fantoches, dépendront du prix et de la sélectivité de l'établissement où l'on a fait ses études.

D'un autre côté, le gouvernement généralise les « Contrats d'Objectifs, de Moyens et de Performances » (COMP) pour financer l'ESR. Cette « contractualisation » du budget des universités sert à conditionner « dès le premier euro » leurs financements à des objectifs politiques et économiques. L'objectif est d'en finir avec les filières et les universités qui ne répondent pas aux besoins locaux ou nationaux du patronat. Le même sort attend les équipes de recherche dont les objets d'étude ne correspondent pas à l'agenda politique des gouvernements bourgeois (Palestine, climat, etc.), à l'image de la politique de Trump aux USA. Ce projet de loi promet une exacerbation massive de la sélection chez les étudiants, due aux restrictions budgétaires, et une transformation des chercheurs en chasseurs de financements et managers de personnels précaires.

Des COMP 100% à la loi antisémitisme, il s'agit d'imposer l'ordre bourgeois.

Au chantage budgétaire s'ajoute un nouvel arsenal répressif. Pour détruire l'université publique comme acquis du prolétariat comme pour continuer d'assurer un soutien sans faille à l'État sioniste génocidaire, il faut mater la jeunesse. Les rectorats académiques ayant la charge de piloter ces nouveaux COMP sont également chargés de veiller à l'application de la « loi contre l'antisémitisme », en créant une nouvelle section disciplinaire régionale dont la composition et le fonctionnement reste à être déterminée par décret du Conseil d'Etat.

Le génocide du peuple palestinien est une question au cœur de la lutte des classes mondiale. Aux USA, Biden puis Trump ont multiplié les mesures répressives contre les étudiants. L'une de ses dernières manifestations est la dénonciation de l'université de Columbia, auprès de l'administration Trump, de 150 étudiants qui auraient participé à des actions en solidarité des Palestiniens. Aujourd'hui en France, c'est par centaines qu'il faut compter les étudiants qui sont inquiétés, menacés et réprimés par l'Etat comme par l'administration des universités.

Cette nouvelle loi entérine de fait le cadre posé par S. Retailleau (2023) puis Hetzel (2024) dans leurs circulaires. « Les faits d'incitation à la haine ou à la violence » et ceux « susceptibles de porter atteinte à l'ordre ou au bon fonctionnement de l'établissement » deviennent motif de sanctions. Libre aux présidences d'interpréter ces « faits » de la manière qui les arrange, y compris les « les faits commis en dehors de l'établissement » et de prendre de manière conservatoire des « mesures d'interdiction d'accès à l'enceinte et aux locaux ».

La lettre du 26 août de Macron à Netanyahu illustre cette volonté répressive. Il y fait l'apologie de cette loi contre « l'antisémitisme » qu'il amalgame à « l'antisionisme ». Il y réitère son allégeance « au droit d'Israël à son existence et à sa sécurité » en affirmant que ce « conflit » « est devenue le prétexte et le moteur d'un nouvel antisémitisme que nous devons combattre mondialement ». Un nouvel antisémitisme qui serait « alimenté par l'extrême gauche ».

Une bourgeoisie secondée par la politique d'auxiliaires des débris de l'UNEF...

L'Union étudiante, l'UNEF, L'UNEF-RS, la Coordination étudiante, la FSE, Solidaires étudiants... Cette multitude confuse de débris d'organisations issues de la fragmentation de l'UNEF cache une amère réalité : il n'existe plus de syndicat national des étudiants. C'est le produit de leur intégration croissante à l'État bourgeois. Cette intégration se fait au travers des conseils de cogestion (Conseils d'Administration, CEVU, CNESER...etc), véritables chambres de validation de la pénurie budgétaire à l'université. Elle se manifeste par une servilité envers les gouvernements bourgeois en échange de quelques subventions distribuées fac par fac, que les différents débris du syndicalisme étudiant se disputent petitement.

Ainsi l'Union étudiante, au sein de laquelle intervient l'organisation de jeunesse de LFI, alors qu'elle considère à juste titre la loi contre l'antisémitisme comme répressive, la condamne au motif d'avoir été « adoptée sans concertation ni dialogue ». Elle réclame plus de « moyens » et « la mise en place de Vice-Présidence chargée de la lutte contre les discriminations dans toutes les universités ». C'est-à-dire exactement ce que prévoit la loi ! En effet l'article 2 prévoit la mise en place d'un « référent qualifié [...] exclusivement chargé de la prévention, de la détection et du traitement des faits d'antisémitisme ». Dans les faits il s'agit d'un agent de l'université chargé, à la manière des sionistes fascisants de l'UEJF (Union des Étudiants Juifs Français), de lister les étudiants soutenant la Palestine.

Dans un communiqué du 23/09 de l'UNEF, l'Union étudiante et la FAGE (une corporation jusqu'à peu ouvertement macroniste), ces dernières ne disent pas un mot, ni des COMP 100%, ni de la loi de modernisation de l'ESR, ni de la loi contre l'anti-sémitisme. Leur seule perspective pour améliorer les conditions de vie des étudiants est de réclamer l'ouverture... d'une nouvelle « concertations sur la réforme des bourses » avec Macron ! Et ceux qui ne sont pas satisfaits peuvent aller faire un tour de quartier « Bastille-Nation » avec l'intersyndicale. Aucune campagne d'ampleur n'est jamais menée, ni sur la loi de modernisation, ni sur les COMP, ni sur la loi antisémtisme. Et ce alors que le gouvernement prépare ses offensives à la vue de tous ! La raison est qu'ils confinent le « rapport de force »... aux conseils (consultatifs) de l'ESR !

Quand malgré tout, que ce soit sur ces réformes, sur la Palestine, sur le budget du gouvernement, la jeunesse semble se disposer à se mobiliser, ces organisations ne proposent que des simulacres d'Assemblée générales où tout est verrouillé pour prêcher la soupe amère des grands appareils (CGT, FO ou FSU). Mettez-y un peu de « journées d'actions locales », de « mobilisation dans la durée » pour « construire par la base la mobilisation » et si cela ne suffit pas à épuiser tout le monde, vous pouvez rajouter un peu de « bloquer le pays » et de « grève reconductible ». C'est-à-dire le « blocage » des campus, et surtout la bascule des cours en distanciel par l'administration, technique généralisée depuis le combat contre la réforme des retraites en 2023.

... Y compris celles qui sont peintes en rouge !

Nombreuses sont les organisations « révolutionnaires » sur les universités. Certaines regroupent quelques dizaines d'étudiants et possèdent une certaine influence sur les campus (Le Poing Levé - Révolution Permanente, NPA jeunes révolutionnaires, Étudiants Communiste Révolutionnaire). De fait, elles pourraient sans problèmes mettre à mal ce dispositif des débris de l'UNEF. Mais au contraire, elles s'investissent, directement (Révolution Permanente) ou par le truchement de l'UNEF (NPA-R) dans ces conseils cogestionnaires et mortifères. A chaque nouvelle tentative de mobilisation de la jeunesse, ces organisations participent à envoyer les étudiants dans des impasses énergivores. Ce faisant, elles les détournent du combat contre la politique de collaboration de classe des dirigeants des organisations issue du mouvement ouvrier (CGT, FO et la FSU) qui pourtant jouent un rôle déterminant dans nos mobilisations.

Ainsi, l'appel inter-organisation jeunes du 22/09 (LPL, NPA, LFI, UNEF, Union étudiante... etc) ne dit pas un mot, ni des offensives en cours à l'université, ni de la politique de négociation et de journées d'action promue par Binet et compagnie. Au contraire, il fait la promotion des « succès » du « 10 et du 18 » et appelle à leur propre journée d'action locale le 25 septembre (qui a regroupée place de la Sorbonne 150 personnes à Paris). Quand ils n'appellent pas simplement aux dates de l'intersyndicale (comme dans leur communiqué inter-orga du 30/09), ils ne proposent que de la contourner dans des grèves reconductibles locales ajoutant leur propre bousille à celle de l'intersyndicale qui divise, fragmente et épuise le prolétariat et la jeunesse.

Se regrouper politiquement et combattre pour le socialisme

P. Baptiste a été reconduit par le gouvernement Lecornu pour mener à bien ses offensives. Pour le moment, elles sont conditionnées à la survie du gouvernement et son budget mais la répression et l'austérité budgétaire pèsent tous les jours un peu plus sur les campus universitaires. Objectivement, cela met à l'ordre du jour le combat contre la « loi contre l'antisémitisme » et contre les budgets des universités, pour l'unité des organisations syndicales et de jeunesse de l'ESR contre le gouvernement.

Toutefois, dans les conditions politiques actuelles, avec la destruction de l'UNEF et la confusion qui s'ensuit, seule une organisation révolutionnaire de jeunesse peut mener à bien ce combat pour le front unique ouvrier à l'Université. Une telle organisation n'existe pas, mais les possibilités de regroupement existent parmi la jeunesse étudiante dont certaines fractions sont en recherche politique. Si aujourd'hui, LFI et certaines organisations d'extrême gauche captent l'essentiel de cette attention, l'impasse qu'elles représentent poussera les étudiants à chercher encore, parfois à se regrouper, même confusément.

Dans cette situation, seul le combat pour le socialisme et pour la construction d'une ORJ peut aider à la clarification politique. C'est en combattant sur cet axe que l'on peut avancer les perspectives du combat de front unique ouvrier contre la répression, contre le gouvernement Macron et son budget de guerre auxquels sont conditionnées les offensives à venir contre l'Université. Ce n'est que d'un gouvernement issu d'un tel front unique que nous pourrons exiger la satisfaction de nos revendications.

C'est autour des ces axes politiques que les militants étudiants de Socialisme ou Barbarie se regroupent et interviennent sur leurs campus et dans leurs promotions.

septembre 2025

Thématique : UniversitéThématique : Militarisation
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