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4 JUIN 2026

Loi yadan - bilan d'une intervention

La proposition de loi « contre les formes renouvelées de l'antisémitisme » portée par la députée sioniste C. Yadan, bien qu'elle n'ait pu aboutir à un vote, a démontré une fois de plus en 2026 le soutien plein et entier de l'impérialisme français et de sa bourgeoisie à l’État colonial d'Israël. Soutenue par le gouvernement après la mort de Q. Deranque et dans le cadre du dispositif d'union nationale à l'Assemblée, cette loi répressive proposait d'entériner les trois années de répression intense contre la combat en soutien à la Palestine. La séquence autour de la loi Yadan a été l'occasion pour le CJR et ses contacts d'intervenir sur plusieurs campus, d'avancer notre orientation et entamer des discussions politiques sur le Front Unique Ouvrier, et la nécessité d'une Organisation Révolutionnaire de Jeunesse qui combatte sur la base de cette stratégie. Cet article propose de revenir sur le déroulé des événements et de tirer les bilans politiques de cette expérience. Cela permettra de dégager une orientation sur la séquence qui s'annonce, entre militarisation de la société, attaques à l'université et dialogue social criminel, sur fond de préparation du budget 2027.

Historique loi Yadan

A la mi-décembre 2025, le gouvernement Lecornu parvenait à faire passer son budget de guerre contre le prolétariat avec l’appui des directions des organisations ouvrières, en s’appuyant sur le dialogue social. A ce moment précis, la nouvelle porte-parole des intérêts d’Israël à l’Assemblée C. Yadan (Renaissance), déposait une nouvelle proposition de loi « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ». Elle avait pour but de généraliser la répression du soutien à la Palestine inscrite dans la loi « contre l’antisémitisme à l’université » du 30 juillet 2025. Après un report en janvier 2026 pour laisser du temps au vote du budget, cette loi Yadan fut reprogrammée à l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril par Lecornu lui-même, comme réponse à la mort du nazillon Q. Deranque. La séquence était favorable : balisée par la loi contre l’antisémitisme à l’université et la défaite que constituait le budget 2026 fraîchement adopté, la bourgeoisie ne craignait pas d’opposition frontale des directions syndicales. Les organisations étudiantes et syndicales de l’Enseignement supérieur et de la recherche (ESR), en particulier, étaient occupées à accompagner le gouvernement dans ses projets de hausses des frais d’inscriptions par le dialogue social dans le cadre des « Assises du financement de l’ESR ».

Ce projet de loi entérinait les trois ans de répression de toute initiative de combat contre l’impérialisme français et sa complicité avec le génocide. Alors même que celui-ci continue de déployer des moyens militaires considérables pour soutenir les USA et leur agression de l’Iran, dans la stricte continuité du soutien à Israël dans sa guerre génocidaire de terreur contre les peuples de la région depuis trois ans. Le texte prévoyait l’interdiction d’appeler à la destruction d’un État reconnu par la France, par exemple l’État sioniste génocidaire. Or le mot d’ordre de libération de la Palestine : « From the river to the sea, Palestine will be free », appelant de facto à la destruction de l’État d’Israël, est au cœur du mouvement ouvrier depuis 1945 et au-delà. Il s’agissait aussi d’élargir le crime d’apologie du terrorisme à l’apologie « implicite », « en minorant ou en banalisant les actes de façon outrancière », puni de 5 ans de prison et 75 000 € d’amende, majoré si le crime est commis en ligne, laissant une marge d’interprétation arbitraire. Cette disposition amplifiait la répression sur quiconque refusait de « condamner le Hamas », coupable désigné par l’impérialisme de la situation en Palestine. Elle réprimait aussi toute caractérisation comme génocide de l’opération israélienne à Gaza, au titre de « minoration » d’autres crimes contre l’humanité comme la Shoah.

Jamais le combat pour le destruction de l’État sioniste colonial, partie du combat pour le socialisme, n’aurait été autant cadenassée qu’avec cette proposition de loi. Jamais non plus le mouvement ouvrier et ses organisations traditionnelles n’avaient autant accompagné l’impérialisme français dans son soutien à Israël. Le combat pour le retrait de la proposition de loi Yadan, pour sa prise en charge par les organisations ouvrières (CGT, FO, FSU), était d’une actualité brûlante : il aurait pu permettre de desserrer l’étau de la répression que subissait le prolétariat et la jeunesse sur ce sujet depuis octobre 2023 (circulaires Retailleau et Darmanin, voir précédents SouB). La réalisation d’un tel Front Unique Ouvrier (FUO) contre le texte aurait permis aux masses et à la jeunesse d’avancer vers le retrait de la loi et constitué un point d’appui face à cette répression féroce et systématique à laquelle elle avait déjà pu goûter lors du 10 septembre (cf SouB n°4), précisément quand la direction de la CGT avait livré les jeunes en pâture aux 80 000 policiers mobilisés !

Le CJR, durant toute cette séquence et en parallèle du combat contre le budget 2026, s’est disposé à combattre pour la réalisation d’un tel FUO contre la loi Yadan. Notre tract du 25 janvier, diffusé sur les facs à Paris et à nos contacts ailleurs en France, concluait par exemple : « A bas l’offensive généralisée dans l’ESR ! Non à la hausse des Frais ! [...] Retrait du projet de loi Yadan “antisémitisme renouvelé” ! » Cette orientation était reprise dans la motion de deux promotions de Paris 1 en soutien à unmouvement de rétention des notes par des doctorants, qui concluait : « *contre les lois répressives à l’université (la loi dite contre l’antisémitisme et le projet de loi Yadan), contre la militarisation de la jeunesse [...]. Nous nous adressons aux syndicats étudiants qui nous représentent localement et aux syndicats de personnels pour qu’ils réalisent l’unité en reprenant à leurs comptes ces positions et qu’ils s'adressent aux directions nationales de leurs organisations pour qu’elles fassent de même.* »

Malgré une large approbation de la part des étudiants, nous constatons alors qu’aucun combat significatif ne s’engage contre la loi Yadan, empêché par la chape de plomb répressive qui pesait sur les universités. Certaines organisations, comme Révolution Permanente (et Le Poing Levé, son émanation à l’université) exigent son retrait, et l’abrogation de la loi « Antisémitisme à l’Université », adoptée grâce au silence complice des organisations siégeant au CNESER (UNEF, Union Étudiante …) six mois plus tôt. Mais jamais ceux-ci ne combattent pour imposer le Front Unique Ouvrier, seule stratégie permettant d’isoler les bureaucrates dans les organisations ouvrières, et d’engager un combat avec toute la force du mouvement ouvrier.

La discussion à l’AN et le non-combat

En l’absence d’un tel combat, LFI a pu déposer en avril une pétition pour le retrait de la loi Yadan sur le site de l’Assemblée nationale. Celle-ci était, dès sa constitution, une impasse : atteindre 500 000 signatures ne donnait droit qu’à la possibilité d’un simple débat dans l’hémicycle. Yaël Braun-Pivet refusa sa tenue, la loi étant déjà débattue pour elle-même. Pourtant, cette pétition, agitée comme perspective politique par LFI et l’Union Étudiante (dans laquelle intervient LFI), a révélé les aspirations d’une part de la jeunesse et du prolétariat à combattre. Ni la CGT, ni les PS / PCF ne pouvaient ignorer les 700 000 signatures obtenues. Le PS retira son soutien à la loi, rendant difficile (puis impossible) son adoption. La CGT se rangea derrière la pétition, trouvant la parade pour surtout ne pas engager un véritable combat contre la loi Yadan.

Ce soutien massif à la pétition posait la question d’une manifestation à l’Assemblée prise en charge par les centrales syndicales pour empêcher le vote du texte. Or LFI lui opposa un rassemblement devant l’Assemblée pour « faire pression sur les députés [et] soutenir ceux qui voteraient contre », sans qu’aucun combat des organisations ouvrières n’ait été engagé, débouchant sur un misérable rendez-vous d’environ 200 drapeaux. Les flanc-gardes des appareils du mouvement ouvrier dans la jeunesse ont aussi alimenté l’illusion autour de cette pétition, en enfermant les perspectives de combat dans cette seule initiative, ou en refusant de démasquer la manœuvre désarmante de LFI. Ces organisations, notamment la FSE maoïste et Le Poing Levé (Révolution Permanente), concentraient au même moment leurs très maigres forces dans les comités Palestine. Une dizaine de comités survivant en région parisienne, rassemblés autour de celui de Sciences Po, lancèrent un appel à des « AG coordonnées sur les campus » le mercredi 14 avril, juste avant la discussion du texte. Dans les faits, ces assemblées ne réunirent dans le meilleur des cas pas plus de 60 personnes, dont une large majorité de militants encartés.

Le mot d’ordre de cet appel : « À bas la loi Yadan » laissait penser qu’il existait une possibilité d’un regroupement autour de cette initiative, et l’espace pour combattre sur le terrain de la centralisation du combat contre la loi Yadan. Mais immédiatement, l’inter-comité appelait à « construire la mobilisation en menant le plus d’actions coordonnées, sur nos campus », afin de « mettre la pression sur nos députés » : en plus de s’inscrire dans l’impasse parlementaire souhaitée par LFI, c’était précisément enterrer toute centralisation du combat pour empêcher l’adoption du texte ! Ainsi, les tentatives d’occupation à Science Po débouchèrent sur une pluie d’amendes forfaitaires délictuelles (500€, doublé en cas d’appel rejeté) pour les 76 étudiants présents, impliquant l’ouverture d’un casier judiciaire. Idem à la Sorbonne-mère, avec quatre gardes à vue de plus de 36h en marge de l’occupation. L’opération est un désastre, elle n’a abouti qu’à livrer à la répression les étudiants les plus disposés au combat. C’est là, finalement, le bilan du combat des organisations de jeunesse contre la réalisation du FUO.

Pourtant, en lieu et place de tirer les conclusions de leurs erreurs, <u>ces organisations se sont réjouies de la « réussite » de ces aventures, qui avaient supposément « tenues plus longtemps que prévu »</u> ! Cet activisme forcené – criminel vis-à-vis des étudiants dont la poursuite des études est menacée par de tels antécédents judiciaires – masque leur refus du combat pour le Front Unique Ouvrier, tout comme LFI et ses vaines initiatives parlementaires. Toutes fermaient la porte à ce que le mouvement ouvrier affronte le gouvernement. Toutes refusaient le combat pour la prise en charge de cet affrontement pour le retrait total du texte par les centrales ouvrières, accompagnées et poussées par le prolétariat et la jeunesse organisée. C’est au contraire l’orientation que nous avons constamment défendue avec un certain écho (à Nanterre, à Paris 8) avec des motions de promo et en assemblées, (voir ci-contre). La motion votée à Nanterre s’adressait « aux organisations étudiantes et syndicales (...) pour qu’elles prennent en charge le combat dans l’unité », et demandait aux organisations présentes « de s’adresser à leurs directions en ce sens ». <img src="https://drive.google.com/file/d/1ZlbIeO6_kq99bA-wdYmf5zyyfus-yAyE/view" alt="Image" style="width: 50%; height: auto;" />

Nos interventions, malgré une approbation générale, se sont écrasées sur la fin de non-recevoir des différentes organisations présentes. A Nanterre, l’UNEF-Tacle, bastion du NPA-R, a fait mine de soutenir la motion. Pourtant, ces deux organisations refusaient d’engager le combat contre la loi Yadan et lui opposaient une campagne abstraite contre la militarisation et le budget de guerre, menée sans les centrales ouvrières et indépendamment de tout combat contre le gouvernement, empêchant par là tout combat réel. Aucune des organisations se revendiquant du combat révolutionnaire pour le socialisme n’a donc assumé ce combat dans la pratique, sur le terrain du combat pour le FUO.

Un constat s’impose alors : il n’y a actuellement en France pas d’organisation révolutionnaire s’inscrivant dans le combat historique pour le front unique ouvrier, stratégie de Lénine et Trotsky pour débarrasser les organisations ouvrières de leur direction réformiste petite bourgeoise, des bureaucrates constituant leurs appareils. Loin de tout sectarisme, la discussion de ce bilan avec un public le plus large possible est essentielle dans le combat que mène le Cercle de Jeunes Révolutionnaires à son échelle pour la construction d’une Organisation Révolutionnaire de Jeunesse.

Cette ORJ, armée de la stratégie du Front Unique Ouvrier afin de mener le combat pour le socialisme, ne pourra se construire qu’à partir du combat de la jeunesse pour sa propre organisation, sur la base de tels bilans. Le CJR a tenté de saisir en quoi consistait le combat pour l’ORJ, à l’occasion du combat contre la loi Yadan : au-delà de nos contacts plus ou moins proches, des éléments d’autres regroupements politiques voire parfois des organisations auxquelles nous nous confrontons, furent intéressées par l’orientation que nous avons déployée. Celle-ci était, en dernière analyse, la seule susceptible de briser le mutisme des centrales ouvrières, et d’offrir une perspective positive de combat contre la loi Yadan, à rebours des jeux de chat et souris avec la police proposés par les comités Palestine ou des opérations marginales du NPA-R.

Une priorité pour l’impérialisme français : militariser l’économie, détruire les acquis ouvriers.

Le 16/04 le gouvernement abandonne le projet de loi Yadan, alors même que la lutte des classes du prolétariat ne l'avait pas contraint à le faire. Cette décision politique renvoie aux contradictions profondes de l’impérialisme français décadent, à sa crise économique et budgétaire extrêmement grave, et à la crise de la représentation de sa bourgeoisie qui accompagne sa dérive économique.

L’éditorial du SouB n°5 revient largement sur les contradictions de l’impérialisme français, pris en étau dans la lutte sans merci que se livrent les impérialismes dominants (USA et Chine). Jusqu’en février, le vote du budget était une priorité absolue, certes, mais nettement insuffisante par rapport aux besoins réels de la bourgeoisie. Le choc pétrolier initié avec la fermeture du détroit d’Ormuz le 28 février n’a fait qu’aggraver la situation : la charge de la dette de l’État s’amplifie. Or les dépenses de l’État explosent, à la fois sur le volet militaire en participant à l’agression en Iran et au Moyen-Orient, et sur le plan économique avec des mesures de soutien aux entreprises face à l’envolée des prix à la pompe.

Ainsi, à peine le budget 2026 est-il adopté qu’il faut déjà dépasser et amplifier les attaques contre le prolétariat et la jeunesse qu’il annonçait. Mais pour ce faire, la bourgeoisie dispose exactement des mêmes moyens politiques que pour faire voter le budget, et ceux-ci sont particulièrement faibles. Du fait de la dérive économique de l’impérialisme français, les partis historiques de la bourgeoisie ne cessent de se diviser sur les réponses à apporter. Cette crise de la représentation bourgeoise a franchi un seuil en juin 2024 suite à la dissolution de l’Assemblée nationale, qui n’a jamais retrouvé de majorité gouvernementale. Sébastien Lecornu est donc obligé, en plus de contenter l’ensemble des partis de la bourgeoisie (du macronisme au RN, désormais incontournable), d’inclure le Parti Socialiste dans le consensus. Or, la pleine collaboration du PS au parlement n’est possible que tant que les directions syndicales acceptent de s’associer à toutes les attaques dans le cadre du « dialogue social ». La conférence Travail-Emploi-Retraites, à laquelle ont participé tous les syndicats, doit ainsi généraliser l’attaque sur la Sécurité Sociale initiée avec la contre-réforme des retraites de 2023, en s’attaquant au droit au chômage et une nouvelle fois aux retraites. Les « Assises du financement de l’enseignement supérieur », annoncées par le ministre P. Baptiste le 09 janvier, ont pour objectif « d’établir un constat partagé » sur la refonte à venir de l’ESR. Après s’être assurées que la jeunesse reste en dehors de tout combat durant la séquence du budget par leur participation aux Assises, l’ensemble des organisations étudiantes et syndicales de l’ESR qui y participaient docilement finirent par en sortir de façon désordonnée. La charge politique à assumer pour leur participation devenait bien trop coûteuse.

Mais même avec l’appui sans faille des directions syndicales à ces attaques, la crise de la représentation bourgeoise au parlement empêche l’impérialisme français d’avancer sur ses projets. L’adéquation entre ce que le gouvernement réussit à avoir des syndicats et ce que veut le parlement est une fenêtre trop étroite pour répondre aux besoins massifs de la bourgeoisie. C’est pourquoi ni la loi Yadan, ni la proposition de loi sur le 1er mai, qui n’ont pas fait l’objet de négociations préalables avec les syndicats n’ont pu être adoptées par l’Assemblée dans le courant d’avril. De façon similaire, les contre-réformes de destruction du CROUS, des APL, sont repoussées régulièrement par manque de moyens politiques.

Sur la loi Yadan, le rétropédalage est symptomatique pour la bourgeoisie française : la crainte de remous, l’instabilité politique a poussé le gouvernement à retirer cette proposition de loi. Aurore Bergé a annoncé un projet de loi concernant « toutes les formes de racisme » dans une communication à tous les principaux groupes parlementaires, y compris LFI, qui s’est réjoui de cette initiative au nom de la lutte contre le racisme. Cette issue, si elle manque de moyens et de temps pour une adoption avant juillet, permettait avant tout d’intégrer LFI dans l’union nationale autour des projets du gouvernement, peut-être ce qui avait manqué à la loi Yadan. De même, cela permettait de ne pas trop froisser les partisans de la loi, en maintenant une continuité de l’offensive sous une forme plus consensuelle, cette fois avalisée par le PS et LFI. Or, bien entendu, les mesures phares de la loi Yadan sont reprises dans ce projet, comme le note le CRIF : « la démarche reste de sauver l’essentiel, c’est-à-dire viser l’antisémitisme qui se cache derrière la haine d’Israël ».

Face à l’urgence, l’impérialisme français accepte donc de reculer sur ces mesures afin de se concentrer sur l’essentiel : la militarisation de l’industrie, volet d’entraînement économique, et la destruction des acquis du prolétariat et de la jeunesse, moyennant la mise au pas de ces derniers. Ces attaques seront d’autant plus fortes que le remboursement de la dette prend des proportions incontrôlables. Cette pression est doublée, à un an des élections présidentielles, d’une impasse parlementaire inégalée sous la 5e République. Ainsi, Lecornu a annoncé le 3 mai le gel de 6 milliards d’euros (4 dans les ministères non régaliens, 2 pour la Sécu), montant qu’il reverrait à la hausse, a-t-il précisé le 19 mai, selon les suites du conflit et l’état de l’économie. Cela répond au projet du gouvernement de rectification de la Loi de Programmation Militaire, qui ajoutait 36 milliards de dotation pour l’armée sur quatre ans (augmentés à 50 milliards par le Sénat le 27 mai, finalement rejeté), dont 8 milliards dès 2026 ! Adopté le 19 mai en première lecture par l’Assemblée nationale, ce texte prévoit en plus la mise en place d’un « État d’alerte de sécurité nationale », nouvel état d’exception servant de cadre légal à l’usage massif de drones et de l’IA sur le territoire à des fins militaires. Là encore, le dispositif d’union nationale incluant l’ensemble des organisations ouvrières et syndicales a joué un rôle clé : celles-ci ont toutes appelé « le gouvernement à <u>retirer DU projet de loi actualisant la programmation militaire cet “État d’alerte de sécurité nationale”</u>, tous les parlementaires à refuser de l’adopter et la société civile à se mobiliser pour protéger les libertés, le patrimoine national et l’environnement » (tribune dans l'Humanité). Autrement dit, ce ne serait pas la LPM le problème, ni les 36 milliards de rallonge pour l’armée, mais seulement cette disposition qu’il faudrait retirer. Au même moment, assuré par l’absence de véritable mouvement étudiant sur la loi Yadan, le ministre de l’ESR, Baptiste, a signé le 19 mai son décret interdisant aux universités l'exonération de frais d’inscriptions exorbitants (environ 3 000 € par an) pour les étudiants extra-communautaires. Cette offensive ouvre la voie aux facs payantes à l’anglo-saxonne, fermant massivement à la jeunesse l’accès à la culture et à la qualification. De plus, le projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé (cf SouB n°4) a aussi été remis à l’agenda de cette session parlementaire, un projet pour accélérer la privatisation de l’ESR et la liquidation des diplômes nationaux et les garanties collectives qui en découlent (conventions collectives, concours de la fonction publique). Ici encore, les directions des organisations syndicales se sont illustrées dans la participation aux instances de dialogue social en lieu et place du combat uni contre ces attaques d’ampleur. Si elles ont boycotté du CNESER le 5 mai, qui avait à l’ordre du jour le projet de décret Baptiste sur les frais d’inscription, elles se sont précipité d’y retourner le 12 mai pour discuter des modalités d'application du décret. L’UNEF s’est même félicitée d’avoir « arraché » un assouplissement de 10 à 20% d’exonérations dérogatoires, ce qui entérine sa collaboration pleine et entière dans l’application de ce décret !

Il faut d’ailleurs bien saisir que le CNESER n’est pas un lieu de combat : quel que soit le vote (consultatif), le ministre pourra sortir son décret, ce qu’il a fait le 20 mai. Or si le CNESER se tient, il pourra se targuer qu'il y a eu débat. En revanche, cet organe consultatif permanent doit obligatoirement siéger avant tout texte législatif relatif à l’ESR, et la représentation syndicale est requise pour certains quorums. La simple participation à cette instance de dialogue social signifie que les syndicats acceptent de débattre ces contre-réformes et in fine donnent leur blanc seing à ces attaques. C’est donc une trahison en règle des directions syndicales que de participer au sein d’un tel organe gouvernemental, dont l’unique fonction est de leur faire prendre en charge l’application des attaques contre la jeunesse étudiante et les travailleurs de l’ESR.

Plus que jamais, la nécessité d’une ORJ

Ainsi, malgré l’ampleur des attaques nécessaires à la bourgeoisie pour militariser l’économie, le prolétariat est relégué à l’expectative. Toute aspiration à combattre contre le gouvernement et sa politique se retrouve prise entre le marteau de la répression et l’enclume de la politique des directions syndicales, qui offrent les fractions les plus combatives en pâture pour préserver leurs privilèges et leur position à travers un dialogue social criminel. Cette situation témoigne, en France, de l’absence de mise en mouvement du prolétariat et de la jeunesse, largement soumis au désarroi et privés d’une organisation révolutionnaire combattant sur le terrain du Front Unique Ouvrier. Malgré ce contexte compliqué, les militants du CJR demeurent attentifs et vigilants concernant toutes les opportunités pour avancer et défendre leur orientation, comme cela a été fait lors de la séquence autour de la loi Yadan. Nous continuons de le faire sur le projet de hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers, prélude à une attaque d’ensemble contre l’ESR, ou contre la loi d’actualisation de la LPM et les dizaines de milliards en plus pour les canons.

Mais le CJR ne peut prétendre inverser les rapports entre les classes. Pour cela, il est nécessaire que se construise une véritable Organisation Révolutionnaire de Jeunesse. Devant la crise internationale du capitalisme pourrissant, de plus en plus de jeunes cherchent les voies et les moyens de combattre. Dans tous les combats engagés par le prolétariat à l’échelle internationale, la jeunesse est à l'initiative. De cette spontanéité, qui bute systématiquement sur la question de la prise du pouvoir, se dégageront les éléments vivants pour la construction de l’ORJ et son IRJ. C’est sur cet axe, armés des enseignements du mouvement ouvrier et de la stratégie révolutionnaire du Front Unique Ouvrier, que les militants du CJR interviennent.

Thématique : Bilan d'interventionPays : Palestine
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