À lire dans CPS n°80 : « Après la grève générale du 18 mai en Palestine »
Le 18 mai 2021 s'est produite en Palestine une grève générale d'une importance particulière eu égard aux développements récents dans la région. Elle a été suivie d'importantes manifestations contre l'Autorité palestinienne en juin et juillet en Cisjordanie.
Le bulletin Combattre Pour le Socialisme n°80 du 29/09/21, du Groupe pour la construction du Parti et de l'Internationale Ouvrière Révolutionnaire, a consacré un article à ces événements. Il permet d'en saisir les enjeux et l'importance.
Nous avons décidé de consacrer un article du bulletin à l'explication du processus historique ayant mené à cette situation. Nous espérons qu'il donne envie de lire l'article de CPS et qu'il permette aux lecteurs de le comprendre dans toute sa profondeur.
L'ÉTAT D'ISRAËL EST LE PRODUIT DE L'IMPÉRIALISME BRITANNIQUE SOUS COUVERT DU « DROIT INTERNATIONAL » ET DE LA SOCIÉTÉ DES NATIONS
L'État d'Israël est le produit direct du partage du monde entre les puissances impérialistes après la première guerre mondiale. C'est la « Société des Nations » (SDN), créée en 1919 et que Lénine qualifiait de « caverne de brigands », qui donne à l'occupation britannique de la Palestine sa forme légale en lui accordant un « mandat » (synonyme pudique de colonie) sur ce territoire.
Pour prendre la mesure de l'imposture, il faut rappeler que le mandat de la SDN repose sur deux précédents :
- L'accord secret dit « Sykes-Picot » de 1916, signé entre la France et le Royaume-Uni prévoyant le partage entre eux des provinces arabes de l'Empire Ottoman contre lequel ils sont en guerre.
- La déclaration unilatérale dite « Déclaration Balfour » de 1917 par laquelle le gouvernement britannique promet au mouvement sioniste son assistance pour « l'établissement d'un foyer national juif en Palestine ».
Le « droit international » d'après-guerre est bien le droit des impérialismes vainqueurs, sous couvert duquel ils peuvent commettre leurs crimes dans les pays dominés !
L'IMPÉRIALISME BRITANNIQUE A DÛ LUTTER POUR MAINTENIR SA DOMINATION EN PALESTINE ET POUR ACCOMPLIR LE PROJET SIONISTE
Les Palestiniens ont résisté avec les méthodes de la classe ouvrière. Dès l'établissement officiel du mandat britannique sur la Palestine en 1923, s'est ouverte une longue période de luttes du peuple palestinien contre l'occupation étrangère et la colonisation sioniste. Pendant plus de dix ans, le pays est le théâtre de manifestations et d'émeutes, portant la revendication de l'indépendance immédiate et de l'arrêt de l'immigration juive sioniste.
En 1936, l'opposition prend un tournant qualitatif : c'est le déclenchement de la grève générale et d'une insurrection armée que l'histoire retient comme « la Grande Révolte Arabe de Palestine ». La grève dure six mois, jusqu'à ce que les dirigeants palestiniens la liquident en prenant appui sur la mise sur pied d'une commission d'enquête britannique prétendument destinée à « trouver une solution au problème palestinien ».
Mais l'insurrection armée persiste : malgré la sauvagerie de la répression britannique, le conflit dure, avec des intensités différentes, jusqu'en 1939. N'ayant pas les moyens militaires et politiques d'écraser la Résistance des Palestiniens, les autorités mandataires publient un « Livre Blanc », réduisant fortement l'immigration juive sioniste et promettant l'indépendance du pays sous dix ans.
Mais il ne faut pas s'y tromper : la publication de ce texte n'a rien d'une victoire pour le peuple palestinien. L'impérialisme britannique ne fait qu'acheter du temps.
Après le reflux du mouvement dû au texte et à l'irruption de la Seconde Guerre mondiale, les milices des organisations sionistes, opposées aux dispositions du « Livre Blanc », intensifient les attentats contre la population arabe de Palestine et commencent à en commettre contre les troupes britanniques. L'occasion est parfaite pour l'occupant : il annonce en 1947 son retrait du pays, laissant les Palestiniens aux prises avec les milices sionistes.
LE « PLAN DE PARTAGE » DE L'ONU DE 1947
Le « plan de partage » de l'ONU de 1947 ne fait qu'entériner le programme de l'impérialisme britannique et la victoire du projet sioniste. Il n'a rien d'un plan de paix !
La puissance mandataire, en quittant la Palestine, remet la question dans les mains de la nouvelle Organisation des Nations Unies, une « caverne de brigands » revisitée au goût du jour de l'après Seconde Guerre mondiale, où les puissances impérialistes victorieuses font leurs affaires.
L'Assemblée Générale de l'ONU adopte un « plan de partage » portant création d'un État Juif, d'un État Arabe et le placement sous contrôle international de la ville de Jérusalem. Ce plan bat en brèche la seule perspective pouvant répondre aux aspirations légitimes du peuple palestinien : celle d'un seul État palestinien indépendant, de la méditerranée au Jourdain.
Il est accepté volontiers par les dirigeants des organisations sionistes, mais, à juste titre, rejeté par les dirigeants arabes palestiniens. Il ne sera de toute façon jamais appliqué : le jour même du départ des dernières troupes Britanniques, le 14 mai 1948, les organisations sionistes proclament la création de l'État d'Israël. Le lendemain, les pays arabes voisins envahissent le pays, déclenchant ainsi la première guerre israélo-arabe.
L'État d'Israël remporte le conflit l'année suivante et annexe des territoires allant bien au-delà de ceux qui lui sont accordés par le plan de partage et la partie ouest de Jérusalem.
Israël et ses sponsors impérialistes se reposent sur les accords et résolutions internationaux pour mener leur politique. Lorsque le rapport de force leur permet, ils s'en débarrassent. Ni l'ONU, ni les puissances impérialistes, ne se sont émues du dépassement des frontières de 1947 dès l'année d'après par Israël.
Au contraire, ces frontières, aujourd'hui appelées « frontières de 1967 » (pour une raison que nous n'avons pas l'espace d'expliquer), sont maintenant reconnues aux Nations Unies comme les frontières sur lesquelles doit reposer leur mortifère et moribonde « solution à deux États ».
Il en va de même de toutes les autres résolutions de l'ONU qui prétendent garantir les droits des Palestiniens, notamment celles condamnant la colonisation des territoires palestiniens non annexés par l'État sioniste : protégés par le veto de leur sponsor américain au Conseil de Sécurité de l'ONU, les gouvernements israéliens successifs n'ont jamais cessé leurs efforts de colonisation.
Dans la dernière période, cela s'est exprimé par le déplacement de l'ambassade américaine de Tel-Aviv, capitale internationalement reconnue de l'État sioniste, à Jérusalem en 2018.
LES DICTATURES ARABES VOISINES N'ONT JAMAIS ÉTÉ LES SOUTIENS DU PEUPLE PALESTINIEN
Ils ont créé l'OLP pour placer les organisations de libération nationale sous leur tutelle. La guerre israélo-arabe de 1948 n'est pas la seule à avoir opposé Israël à ses voisins arabes. Sous pression de leurs populations et des centaines de milliers, voire des millions de réfugiés palestiniens qui s'y sont établis, la Syrie, la Jordanie et l'Égypte ne peuvent pas, en paroles du moins, se désolidariser de la cause palestinienne.
En 1967, Israël attaque l'Égypte, la Jordanie et la Syrie, une guerre nommée la « guerre des Six Jours » en référence au peu de temps qu'il a fallu à Israël pour humilier les armées arabes. En 1973 Israël inflige une nouvelle défaite à la Syrie et à l'Égypte lors de la guerre du Kippour.
Il ne faut pas se tromper sur la nature de ces guerres : parés de discours sur la libération de la Palestine, ces régimes craignent le caractère révolutionnaire des masses palestiniennes comme la peste. Régimes bourgeois compradores, que ce soit sous forme monarchique ou de clique d'officiers, leur pouvoir repose sur l'oppression des masses ouvrières et paysannes, leur intérêt consiste en l'exploitation de leur travail. La libération de la Palestine sous une direction révolutionnaire ouvrière et paysanne serait pour eux un acte de décès.
Il n'y a pas de meilleur exemple à cet égard que le Septembre Noir en Jordanie :
En 1964 est créée l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui regroupe la plupart des organisations de libération nationale palestiniennes. L'objectif est de mettre le Fatah et le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) sous tutelle des dictatures arabes au premier rang desquelles l'Égypte.
Cependant, dès 1967, après l'échec de la guerre des Six Jours, le Fatah, en la personne de Yasser Arafat, arrive à sa direction. Comme le rappelle le CPS n°84 (Nouvelle Série) du 12 janvier 2000 :
« Reflétant la radicalisation des masses, l'OLP, sans pour autant modifier son caractère d'organisation nationaliste petite-bourgeoise, va se développer comme représentation du peuple palestinien et devenir un enjeu qu'il faut briser par la répression et soumettre par la corruption ».
Elle est établie en Palestine occupée mais surtout en Jordanie, d'où elle lance des attaques contre Israël, qui s'intensifient après la guerre de Six Jours. La poussée des organisations palestiniennes fait craindre au roi Hussein un coup d'État ; il est vrai qu'elles forment un réel pouvoir dans le pays et que la perspective du reversement de la monarchie et de la prise du pouvoir par un gouvernement émanant du peuple palestinien est réaliste.
En septembre 1970, le roi Hussein de Jordanie lance une offensive contre les bases de l'OLP établies dans son pays : le « septembre noir » fait des milliers de victimes chez les résistants de l'OLP et les réfugiés palestiniens. Rapidement, le dirigeant de l'OLP, Yasser Arafat, capitule face au roi Hussein : il signe un accord le 22 septembre appelant à déposer les armes et pousse l'organisation, affaiblie, à s'établir au sud du Liban, où elle sera encore une fois décimée lors de la guerre civile libanaise de 1975-1991 dans laquelle l'armée sioniste intervient en 1982 pour en finir avec les organisations du mouvement de libération nationale palestiniennes.
LA DIRECTION DE L'OLP JOUE CONTRE LES INTÉRÊTS DU PEUPLE PALESTINIEN
Elle l'a trahi en signant les accords d'Oslo de 1993. L'OLP elle-même se retrouve donc, au crépuscule de la décennie 1980', privée de ses bases arrière dans les pays voisins. Elle en est réduite à un rôle intérieur dans les territoires non annexés de Palestine.
Ce n'est pas pour autant que le peuple palestinien abandonne le combat. Au contraire, il reprend avec une force incroyable en 1987 en usant des méthodes de la classe ouvrière : la « première intifada » prend son impulsion par la grève générale. Ce soulèvement inédit du peuple palestinien, véritable insurrection, se structure autour de comités populaires dans les villes et les villages, réunis en un « Commandement National Unifié de l'Intifada ».
La forme du mouvement est ce qui a émergé de plus sain des masses palestiniennes depuis 1936 : comme le rappelle le CPS n°21 de mars 1988 :
« C'est une forme d'organisation de type soviétique qui est propre à la révolution prolétarienne. Pour le peuple palestinien, c'est une question de vie ou de mort ».
L'OLP parvient cependant rapidement à s'emparer du Commandement. Qu'a fait l'OLP en accaparant la tête de ce mouvement ? Elle l'a liquidé en signant en 1993, après trois ans d'affrontements, les accords scélérats d'Oslo !
Que sont les accords d'Oslo ?
- Un accord entre l'OLP et l'État d'Israël portant reconnaissance par l'OLP de la légitimité de l'État d'Israël sur la base des frontières de 1967, s'attaquant une nouvelle fois à la revendication de la libération de toute la Palestine.
- Un accord instituant l'Autorité palestinienne, supplétif policier d'Israël dans les territoires non annexés ni colonisés, sous couvert d'« autogouvernement » palestinien, dans lequel se liquide l'OLP.
En somme, c'est un accord de liquidation de l'Intifada et, avec elle, de l'ensemble des organisations du mouvement de libération nationale palestinien. Un accord par lequel les dirigeants de l'OLP rejoignent les dictatures arabes dans leur capitulation face à Israël.
Ces accords de « paix » ne sont ni plus ni moins qu'un nouvel obstacle sur la route qui mène à la satisfaction des aspirations du peuple palestinien !
MOTS D'ORDRE DE LUTTE
Ces éléments historiques devraient donner au lecteur de meilleures armes pour comprendre en profondeur l'article de CPS n°80 sur les récents développements en Palestine. Malgré la crise de la direction du peuple palestinien dont nous avons donné les éléments, la grève du 18 mai et les manifestations qui l'ont suivie contre l'Autorité palestinienne en Cisjordanie ouvrent de nouvelles perspectives.
Voici les mots d'ordre avancés en conclusion de l'article :
- Les dirigeants des organisations issues du mouvement ouvrier doivent cesser de réclamer l'application du prétendu « droit international » en Palestine.
- Ils doivent réaffirmer la justesse de la lutte historique pour la libération de toute la Palestine, de la méditerranée au Jourdain.
- Combattons pour qu'ils prennent en charge le boycott effectif d'Israël et qu'ils organisent toutes les actions de soutien véritable au peuple palestinien !